
Le temps des vaches maigres serait-il révolu ? Les producteurs laitiers veulent y croire, au moins à court terme… La conjoncture leur donne des raisons d’espérer. Pour cette campagne, le prix moyen de vente du lait devrait progresser de 40 euros /1000 litres. Et l’augmentation des références individuelles se profile d’ici à 2015. Le principe d’un dépassement d’au moins 10 % vient d’ailleurs d’être annoncé pour la campagne en cours. Une aubaine pour les éleveurs, à condition de produire plus. Pas évident.
A défaut de moyens, il faudra tabler sur l’efficacité
Dans tous les cas, la priorité doit être de valoriser au mieux les fourrages disponibles. L’analyse des valeurs alimentaires (notamment du maïs) apparaît indispensable afin d’adapter au mieux les complémentations.
D’autres pistes sont à explorer. La première consiste à retarder les réformes dites de « complaisance », elles représentent près du tiers des réformes annuelles. Ces dernières peuvent encore produire mais l’éleveur choisit de les remplacer parce qu’il possède des relèves et/ou souhaite améliorer son troupeau (conformation, génétique, temps de traite,…)
La deuxième sera, si l’exploitation est équipée (DAC, alimentateurs en salle de traite ou cornadis autobloquants), de distribuer un concentré de production aux vaches présentant un bon potentiel. Il faudra rester prudents pour ne pas engendrer de problèmes métaboliques et maintenir l’état des vaches (vêlages, reproduction).
D’autres solutions méritent réflexion : poudre de lait pour les veaux, réduire la durée de tarissement de certaines vaches (de 2 à 4 semaines), traire trois fois par jour, adopter une ration semi sèche…
Quelles que soient les solutions envisagées, l’important est de gérer la campagne en cours mais aussi de préparer la campagne à venir. A cet égard, l’autonomie en fourrage et en cheptel doit rester l’objectif pour garder le maximum de bénéfice au sein de l’exploitation.
Garder les pieds sur terre
A l’avenir, les prix du lait seront sans doute très fluctuants. C’est pourquoi il serait judicieux de se constituer une épargne disponible à court terme (Livret, Dépôt à terme, Sicav…). Placer 10 à 15 euros/1000 litres/an permet de voir venir avec sérénité.
En attendant, si l’intérêt est de produire plus, l’essentiel est de rester cohérent, avec la réglementation, ses moyens de production, ses orientations techniques. Et surtout de garder les pieds sur terre. Il y a 9 mois, personne n’avait prédit le revirement de conjoncture actuel.
Marie-Claude Guiavarc’h
CER France Finistère
Combien ça rapporte ?
Prenons l’exemple d’une exploitation moyenne produisant 355 000 litres sur 66 ha de SAU (19 ha de céréales) avec 52 laitières et la suite. Plusieurs stratégies sont possibles :
1 Meilleur prix de vente, pas d’augmentation des livraisons
L’EBE s’améliore malgré les soucis de fourrage (+ 4 000 euros sur 2007-2008, +14 000 euros sur 2008-2009).La trésorerie aussi (+18 000 euros sur 2 ans). A moyen terme, l’exploitation n’est toujours pas en mesure de produire plus.
2 + 10 % de livraisons avec plus de vaches.
L’EBE fait un bond (+ 8 000 euros sur 2007-2008, + 18 000 euros sur 2008-2009), la trésorerie s’améliore (+ 20 000 euros sur deux ans). L’exploitation est prête à produire davantage. Mais son besoin de financement (achat de 4 VL + fourrages) s’élève à 6 000 euros. Il n’est que de 2 000 euros lorsque les génisses proviennent de l’élevage. Lorsque les réformes sont décalées, la trésorerie est également préservée.
3 + 10 % de livraisons avec plus de lait/vache
Avec un apport de concentré de 340 kg/VL/an, et moyennant une ration de base bien équilibrée, le lait vendu par vache monte à 7 700 litres. L’impact sur l’EBE est immédiat (+ 10 000 euros en 2007-2008, + 20 000 euros en 2008-2009). La trésorerie fait un bond en avant (+ 30 000 euros en deux ans). Mais les marges de manœuvre sont étroites : les vaches sont très sollicitées (attention aux ennuis sanitaires) et il n’y a toujours pas d’animaux disponibles en cas d’augmentation durable des références.
Le cas des éleveurs limités en surface fourragère
L’efficacité technico-économique est de mise face à l’augmentation des achats de concentré, de paille voire de fourrages. Le bénéfice est réduit mais reste toujours intéressant. L’EBE progresse (+ 5 000 euros en 2007-2008, + 17 000 euros en 2008-2009), la trésorerie aussi (+ 22 000 euros en 2 ans).
Légende : Quels que soient les systèmes, les EBE des exploitations laitières devraient progresser, doucement en 2007, davantage en 2008. L’intérêt est donc de produire plus de lait, quitte à acheter des fourrages et du concentré, voire même quelques animaux.