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Sommaire | " POLITIQUE AGRICOLE " | Article n°7792 |
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ENVIRONNEMENT / OGM, produits phytos et biocarburants sur la sellette : Sarkozy soumet l’agriculture à sa révolution écologique
 

Prenant la parole après Al Gore, le tout nouveau Prix Nobel de la Paix, et José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, le président français a, de fait, livré un discours programme très offensif. « C’est bien à une révolution que nous invite ce Grenelle de l’environnement. (...) Notre ambition n’est pas d’être aussi médiocre que les autres ou d’être dans la moyenne. La volonté de la France est d’être exemplaire ».

Un objectif de réduction sur les pesticides

Parmi les dossiers les plus sensibles, celui des phytosanitaires. Et là encore, comme pour les OGM et les biocarburants, c’est avec une défiance certaine que le chef de l’Etat s’est exprimé. « Il est grand temps de prendre au sérieux l’usage croissant de produits pesticides, dont les agriculteurs sont les premières victimes », a-t-il souligné. On notera qu’à aucun moment, Nicolas Sarkozy ne fera sienne la sémantique du monde agricole  et de l’agro-chimie qui prend toujours soin de parler des « pro
duits phytosanitaires » ou des « médicaments des plantes ». De même, le terme « OGM pesticides », cité plus haut, se retrouve dans les discours des écologistes. Pesant ses mots, le chef de l’Etat annonce qu’il demande au ministre de l’Agriculture Michel Barnier de lui proposer « avant un an, un plan pour réduire de 50% l’usage des pesticides, dont la dangerosité est connue, si possible dans les 10 ans qui viennent ». « Vous voyez que j’ai suivi vos débats jusqu’à la dernière minute », a-t-il noté en souriant, en référence aux débats animés de la table-ronde « agricole » de la matinée présidée par Jean-Louis Borloo. (voir hors texte). Au final, le délai de « 10 ans » réapparaît dans le discours du président, assorti d’un certain nombre de conditions. Les observateurs noteront que la version du discours du président de la République distribuée à la presse évoquait l’accélération de la mise au point de produits de substitution. Le président ne le mentionnera pas dans son allocution. Tout comme il ne prononcera pas la phrase selon laquelle « on ne peut plus être, en permanence, dans les seules mains des firmes phytosanitaires ».

Très offensif sur les pollutions, en particulier dans la première partie de son discours, Nicolas Sarkozy explique qu’il souhaite «  ouvrir le débat de la responsabilité ». Le président affirme que « celui qui pollue des rivières pendant des années, celui qui conçoit et vend un produit chimique, celui qui crée une nouvelle cellule génétique, celui-ci doit être comptable de ses actes, même des années plus tard si un drame survient ». Et d’ajouter: « Nous ferons sauter, avec l’Europe, les barrières juridiques pour aller chercher les pollueurs là où ils se trouvent ».

 

Table ronde agricole : ce qui a été validé

•Atteindre progressivement 20 % de produits biologiques dans la restauration collective.
•Mettre en place dès 2008 une démarche de certification environnementale volontaire des exploitations.
•Lancer dès 2008 un grand programme de recherche appliquée et de formation sur l’ensemble de l’agriculture.
•Adapter la politique génétique des semences et races domestiques aux nouveaux enjeux.
•Lancer une politique nationale de réhabilitation des sols agricoles et de développement de la biodiversité.
•Réorganiser et développer le réseau  d’épidémio-surveillance « abeilles ».
•Retirer les produits phytosanitaires les plus préoccupants et réduction de moitié d’ici fin 2012 des produits pour lesquels il n’existe pas de substitution.
•Développer une irrigation économe en eau
•Réduire la consommation de nitrates et phosphore
•Valoriser durablement la ressource forestière

 

Phytosanitaires : le cafouillage de la table ronde  

La table ronde consacrée le jeudi 25 octobre aux questions agricoles a été l’objet, en termes d’annonce, d’un certain cafouillage sur les objectifs de réduction de l’usage des produits phytosanitaires. Tout a commencé avec les  propos tenus vers 11 heures du matin par François Veillerette, le président du Mouvement de défense des droits des générations futures (MDRGF). Venu présenter les avancées des discussions devant les journalistes, c’est avec un large sourire qu’il annonçait que Jean-Louis Borloo avait tranché en faveur d’une réduction de 50% de l’indice de fréquence de traitement des phytosanitaires d’ici 10 ans. L’AFP publiait une dépêche dans la foulée, citant les déclarations de François Veillerette. Or, l’écologiste était allé un peu vite. Selon plusieurs participants à la table ronde, et notamment des représentants des associations environnementales, Jean-Louis Borloo avait certes validé cette orientation dans un premier temps,  mais en le faisant de manière si peu audible et claire, qu’une seule partie de l’assemblée l’avait entendue. La profession agricole – représentée par la FNSEA et Jeunes agriculteurs – n’en a, visiblement, pas fait partie. Et c’est en recevant la dépêche AFP sur son téléphone portable que Pascal Ferey, vice-président de la FNSEA, a fait un véritable bond sur son siège. Montant aussitôt au  créneau, le président de la FNSEA Jean-Michel Lemétayer a exigé que la formulation sur le dossier pesticides soit totalement revue, refusant tout objectif contraignant dans le temps. Le ton est vite monté et le président de la FNSEA est parvenu en partie à ses fins. Soucieux de parvenir à un texte médian, Jean-Louis Borloo a ainsi retenu une formulation quelque peu bancale appelant à « se fixer un objectif de réduction de moitié des usages des pesticides en accélérant la diffusion des méthodes alternatives et sous réserve de leur mise au point ». En clair : la reconnaissance de la volonté de réduire l’usage des phytos, mais sans calendrier et au gré des  avancées techniques ou agronomiques. Soulagé, Jean-Michel Lemétayer commentait d’ailleurs la fin de ce bras de fer devant la presse: « Je sors (de cette table ronde, ndlr) avec le sourire ». Il est cependant certain que les tensions ont été vives jusqu'au bout. À quelques minutes à peine du discours élyséen, et alors qu’il entrait dans les grands salons, Nicolas Sarkozy faisait sèchement savoir à un de ses conseillers, et Jean-Louis Borloo et Jean-Michel Lemétayer qui essayaient de lui dire un mot, que les choses étaient tranchées. 



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Date de l'article : semaine du N° du 2 au 9 Novembre 2007
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