
Même si d'un côté on emploie plus volontiers l'expression "économique et social" et de l'autre "socio-économique", laissant discerner les priorités respectives de la majorité et de l'opposition, il y avait comme un consensus chez les représentants agricoles présents lors de la réunion organisée, à Brest, dans le cadre du Grenelle de l'environnement. Un certain consensus qui n'en masque pas moins "des lignes de fracture", comme tenaient à le souligner certains responsables agricoles soucieux de ne pas effacer leurs divergences avec leurs opposants à l'intérieur du monde agricole.
Pas d'environnement seul
Pour autant qu'il y ait désaccord sur les moyens, il y a unanimité agricole pour dire que le dossier de l'environnement ne se gérera pas sans tenir compte des hommes et des femmes qui font la richesse du territoire breton. À noter que sur ce chapitre, le collectif Cohérence se préoccupe aussi des "agriculteurs qui doivent gagner leur vie". Mais, s'il partage le constat de la nécessité d'œuvrer pour l'environnement en tenant compte des hommes, Julian Pondaven, du collectif Cohérence, attend une "véritable rupture" impulsée par ce Grenelle. "C'est sur les solutions, notamment par rapport à l'emploi, au partage du territoire, que nous avons des attentes fortes. Nous ne voulons pas de mesurettes".
Jacques Jaouen, président de la Chambre d'agriculture, fait partie de ces responsables qui ne manquent pas de rappeler que "l'agriculture de la région vaut d'abord par les hommes et les femmes qui la font". Autrement dit, "le développement durable doit englober l'économie, le social et l'environnement". Il reste néanmoins sceptique sur cette façon d'aborder le problème environnemental. "Avec le Grenelle de l'environnement, on court-circuite la démocratie. Il y a des gens élus qui sont là pour faire des choix. Ici, on accorde une légitimité à des associations qui n'ont pas de légitimité dans les urnes".
Yvon Pouliquen, président de la Confédération Paysanne 29, regrette également que " le Grenelle ne parle que d'environnement. Si on s'arrête là, ça ne donnera rien. Nous, nous avons une ambition sociale et économique pour l'agriculture, au travers notamment d'une réorientation de la Pac". Et de déplorer : "S'il n'y a que le consensus, on ne fera rien. Par ailleurs, avant de lancer une telle opération, on aurait pu, on aurait dû, du moins à l'échelle de la Bretagne, faire le bilan de la charte pérenne". Bref, le leader du syndicat d'opposition ne cache pas "ses doutes" face aux résultats d'un tel déploiement d'énergie.
Il fallait y être
"Sceptique" sur les aboutissements d'une telle réflexion, Jean-Marie Mingam, président de JA 29, s'étonne pour sa part que "l'on veuille imposer tant de choses à une agriculture française confrontée à l'ouverture des frontières". Et d'ajouter sans grande conviction : "Espérons toutefois que, ce que disent les agriculteurs sera pris en considération".
La Coordination Rurale, toujours très tranchante dans ses propos, considère quant à elle, par la voix de Jean-Michel Favennec, que "ce Grenelle de l'environnement breton n'est ni plus ni moins qu'un procès à charge de l'agriculture". Enfin notons la voix de Guy Le Fur, président du Riac 29 (action climat), qui martèle "la nécessité de faire quelque chose. Mais ce que l'on constate c'est que les acteurs économiques sont réticents aux changements dès lors que ceux-ci les concernent directement".
Mardi, une seule chose mettait finalement tous les responsables d'accord : scepticisme ou pas quant aux résultats concrets d'un tel Grenelle de l'environnement, il fallait être présent à Brest mardi dernier. Car c'est bien connu : les absents ont toujours tort. Le pire étant que les autres décident à votre place…
Didier Le Du
Photo : En organisant un Grenelle de l'environnement breton : la qualité de l'eau était aux premières loges des débats.