
Laurent Hémery, garde particulier et piégeur agréé sur la commune d'Edern, consacre une partie de sa retraite au piégeage des corneilles. Il n'est pas rare que les agriculteurs lui fassent appel. Comme au printemps dernier, lorsqu'un agriculteur voyant son semis de maïs disparaître sous le bec acharné d'une bande de corvidés a sollicité le piégeur local pour traquer les pilleurs.
Des cages piétinées
"Sur cette grande parcelle, pas moins de 2 ha ont été totalement anéantis", montre Laurent Hémery en faisant visiter la culture. "L'agriculteur avait ressemé, mais les oiseaux se sont à nouveau acharnés. Résultat, de gros trous sans un plant de maïs". Dans une parcelle voisine, las des dégâts, l'agriculteur a abdiqué et semé de l'herbe.
Ce lot de destructions, de plus en plus d'agriculteurs le déplorent chaque printemps sans pouvoir vraiment lutter. Quand une bande de corneilles s'abat sur un semis de maïs ou de choux, c'est méthodiquement qu'elles arrachent les plants en suivant le rang. Il faut une dose de persévérance pour éloigner les intrus, sans garantie de succès.
Dans ce contexte de profusion, reconnue par une autorisation de piégeage accordée par la DDAF, Laurent Hémery est d'autant plus amer que son travail devient parfois la cible "d'écologistes". Et de montrer des cages, prêtées par la Féfidec, complètement piétinées. "Il faut pourtant réguler les populations", estime le piégeur agréé qui a porté plainte auprès de la gendarmerie.
Plus facile quand elles ont faim
En fait, la lutte contre les corneilles doit se gérer sur la durée. Lorsque les attaques de semis de maïs s'arrêtent, la garde est souvent levée dans les campagnes. Les oiseaux peuvent se reproduire en paix. En témoignent les bandes de jeunes corneilles qui se forment à l'automne. "Or, il faut prélever les oiseaux bien avant que ne s'effectuent les semis. Notamment en hiver quand la nourriture fait défaut. C'est à ce moment de l'année que les corneilles, d'un naturel très méfiant, sont les plus faciles à piéger", observe L. Hémery qui en attrape 250 à 300 chaque année.
En parallèle des cages portables mises à disposition par la Féfidec, les volières-pièges constituent aussi un moyen efficace pour attraper ces envahisseurs jadis traqués par les dénicheurs en culotte courte. Un "sport juvénile" aujourd'hui disparu qui contribuait également à maintenir les populations de corneilles que l'on appelait communément corbeaux dans les campagnes.
Didier Le Du
Photo : Laurent Hémery, piégeur sur la commune d'Edern, a retrouvé ses cages piétinées. "L'œuvre d'écologiste(s)", dit-il en répétant les propos qui lui ont été rapportés.