
La conjoncture laitière est bonne et devrait le rester encore quelque temps. Pour autant les responsables lait de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs invitent les producteurs à faire preuve de pragmatisme. En effet l’annonce d’une forte sous réalisation au niveau européen et français a conduit l’Office du lait à valider la possibilité d’un dépassement de la référence de 10 % sur la campagne en cours. Les producteurs dont la référence est inférieure à 140 000 litres de lait ont même l’autorisation de dépasser leur référence de 7000 litres en plus des 10 %. «Ce sont des dispositions à titre exceptionnel et en avril 2008 les compteurs seront remis à zéro», tient à préciser Hervé Moël, responsable lait de la FDSEA.
Maîtrise des coûts
Aussi satisfaisantes que soient ces dispositions, cela peut aussi conduire à des dérapages. « Produire ce lait supplémentaire n’a d’intérêt au niveau des exploitations que dans la mesure où sur le plan économique, il y a une réelle rentabilité. S’il faut acheter des génisses ou des vaches au prix fort et/ou être contraint d’acheter des fourrages, également à des prix parfois exagérés, il convient de s’interroger ».
Aussi pour les responsables, cette situation exceptionnelle ne doit pas amener les éleveurs à s’écarter de la maîtrise des coûts de production. Le raisonnable doit l’emporter pour Hervé Moël et son collègue des Jeunes Agriculteurs, Patrick Cherdel. Pour produire plus, chacun doit s’adapter et adopter les meilleures solutions. Ils soulignent que sur le plan alimentaire face à une certaine spéculation d’autres alternatives comme l‘ensilage d’herbe, les céréales immatures ou le méteil, peuvent être envisagées. De même dans les troupeaux, il est possible de réserver les meilleurs fourrages aux vaches en production, sans pour autant priver le reste du cheptel qui peut être alimenté avec des fourrages moins riches tout en gardant l’équilibre de la ration.
Un accord se respecte
Ils répondent aussi à ceux qui estiment que le prix du lait aurait dû augmenter plus vite. « Idéalement oui sans doute, mais dans un accord interprofessionnel, il y a le mot accord. En le respectant, il y a deux ou trois ans, il a permis alors que la situation des marchés était catastrophique, de ralentir la baisse. Aujourd’hui à l’inverse, la hausse se fait un peu attendre ». Rappelant toutefois que pour le 4e trimestre, la hausse sera de 58 euros/1000 litres avec arrêt de la flexibilité. Mais ils tempèrent aussi cette hausse, et soulignent que sur l’année civile 2007 elle ne représentera que 2 centimes d’euros par litre par rapport à 2006. « Les producteurs laitiers devant comme les autres secteurs supporter une forte hausse de leurs coûts de production : 15 euros au 1000 litres ».
Bien que satisfaits de la situation actuelle, les syndicats n’en oublient cependant pas quelques préoccupations majeures : la situation fragile des éleveurs sur les BV contentieux, les producteurs que les aléas climatiques placent dans une situation fourragère délicate (à régler au cas par cas), le renouvellement des générations qu’ils espèrent dynamiser avec cette conjoncture meilleure, les négociations sur le paiement des grammes différentiels. « Même dans un contexte plutôt favorable, le syndicalisme continue de faire avancer les dossiers » concluent les deux responsables.
Pierre Dénès
Photo : Patrick Cherdel, responsable lait des Jeunes Agriculteurs et Hervé Moël responsable lait FDSEA.