
L’ehrlichiose granulocytaire bovine (EGB) a été diagnostiquée pour la première fois en France en 1991, dans un élevage laitier breton. Quelques jours après la mise à l’herbe, une partie du troupeau est totalement "coupée de lait" ou partiellement. Les animaux présentent de l’hyperthermie, la fièvre pouvant atteindre 42°C. Quelques animaux ont les pâturons empâtés. Les pâtures sont mitoyennes d’un bois, et il n’est pas rare de décrocher des tiques gorgées sur les parties de peaux fines des bovins(fanon, aines, aisselles…). Un mois va s’écouler avant le diagnostic : les animaux ont contracté la "fièvre des pâtures", plus communément appelée l’ehrlichiose bovine. Le laboratoire (LDA22)1 identifie, dans le sang sur anticoagulants des "petites mûres" ou morulae dans les globules blancs.
Transmise par les arthropodes
La maladie est due à un agent pathogène, Anaplasma phagocytophilum, une bactérie parasite « stricte » des globules blancs, transmise principalement par les tiques. Le caractère saisonnier de la maladie en France, au printemps et à l’automne, est lié au cycle biologique de son vecteur principal, la tique Ixodes ricinus. Cette tique ne se nourrit que de sang. Libre, elle affectionne l’humidité et les températures printanières. "La pluie de cet été a favorisé les attaques de tiques" a constaté le Dr Guy Joncour, le praticien qui a découvert le deuxième foyer d’ehrlichiose français en 1998. Il lui aura fallu 70 jours pour établir le diagnostic de certitude, grâce au laboratoire. 70 jours, une période difficile pour l’éleveur et le vétérinaire, démunis face à la maladie. Face à cela, le vétérinaire commence en 1999 une étude épidémiologique avec l’aide de ses confrères des GTV2 départementaux et de la SNGTV 3 nationale, pour approfondir et diffuser les connaissances sur cette maladie toujours sous-diagnostiquée car méconnue. Huit ans plus tard, elle est signalée dans 79 départements : plus de 2 000 élevages sont concernés, le nombre de bovins malades par élevage variant de 1 à 40. La maladie sous sa forme aiguë entraîne parfois la mort de l'animal.
De nouvelles avancées ont été faites , venant du "terrain", selon le principe établi : "on ne trouve que ce que l’on cherche". En avril 2003, le premier avortement dû à l’ehrlichiose est confirmé : elle est apparue maladie abortive. "Aujourd'hui en France, 70% des avortements ne sont pas diagnostiqués ou sont d’étiologie mal déterminée, rappelle le vétérinaire, mais il ne faut surtout pas voir de l’ehrlichiose partout !".
Prémunir l’animal
La primo-infection naturelle au champ (ou prémunition) est la méthode de prévention indispensable dans les milieux à risques : réserver les parcelles "à risques" (soit "à tiques") aux génisses de première et deuxième saison de pâture, afin de leur permettre de se contaminer et donc de s’immuniser dès le plus jeune âge, soit "quand elles font leur charpente, pas de lait ou d’embryon". L’éleveur peut également réduire la pression parasitaire des tiques sur les pâtures : en écartant le fil du talus, et en entretenant celui-ci mécaniquement. "L’écobuage -et le désherbage chimique- favorise la repousse des fougères aigle, véritables "tremplins à tiques"", prévient le vétérinaire. L’enquête épidémiologique a montré que l’anti-tique à action locale n’avait que très peu d’intérêt.
Il n’existe à l’heure actuelle aucun vaccin. Aux yeux des laboratoires de recherche, l’enjeu économique ne semble pas suffisamment important. L’ehrlichiose est pourtant une zoonose, c’est-à-dire une maladie "partagée", commune à l’homme et à l’animal. Pour le moment, elle reste classée dans les zoonoses mineures : trois cas cliniques ont été décelés chez l’humain en France. Plus de 2200 aux USA.
Bertrand Caro
1 LDA22 : Laboratoire de Développement et d’Analyses Vétérinaires des Côtes d’Armor.
2 GTV : Groupement Technique Vétérinaire.
3 SNGTV : Société Nationale des GTV.
Photo : Le gonflement des pâturons est observé dans un cas clinique sur 10. Un signe d'appel pour l'éleveur.
Crédit photo : Guy Joncour