
À l'instar du légume frais, le légume industrie s'interroge sur les itinéraires techniques à mettre en place dès 2008. La fin des dérogations, accordées jusqu'en 2007 par l'Union européenne pour l'emploi de certains produits phytosanitaires, prive la filière de molécules qui n'ont pas forcément trouvé de remplaçantes. "Aujourd'hui, c'est 30 000 ha bretons de légumes destinés à la conserve et au surgelé qui sont directement concernés par l'interdiction", s'élève Gildas Conanec, président de l'Unilet, déclarant que "ce changement de réglementation est le gros chantier du moment".
Des tests très exigeants
Certes, la mécanique de retrait est connue depuis longtemps puisque, comme le rappelle Bernard Le Delliou, directeur technique de l'Unilet, "la liste des molécules concernées est connue depuis la publication d'une directive européenne de 1991. La liste officielle ayant été publiée en 2001".
Reste que l'issue a beau être connue, les surfaces de légumes étant marginales au regard des grandes cultures (blé, maïs), rares sont les firmes phytosanitaires qui souhaitent investir dans la recherche de nouvelles molécules adaptées aux cultures légumières. Sans parler du parcours d'homologation des nouveaux produits qui semble encore plus compliqué en Europe qu'aux USA ou au Canada.
"Il est surprenant de constater qu'à partir d'un même dossier, les conclusions ne soient pas les mêmes d'un pays à l'autre", observe pour sa part le directeur de l'Unilet, voulant ainsi montrer que les firmes ne sont pas les seules responsables de l'absence de produits spécifiques légumes. "Les difficultés pour obtenir les autorisations de mise en marché (AMM) ont leur part de responsabilité dans la situation actuelle". Il semblerait même que le CES européen trouve les tests trop exigeants.
Trouver d'autres solutions
Bref, le légume industrie, comme le légume frais, se trouve aujourd'hui privé de "substances actives de très bonne qualité". Le recours à d'autres techniques culturales (système d'avertissement, piégeage, confusion sexuelle des insectes, etc.) apparaissant très compliqué à mettre en œuvre, une des solutions consiste à trouver des passerelles entre famille de cultures. C'est ce que l'on appelle, dans le jargon technico-administratif, "les produits à usage mineur". Autrement dit, un produit utilisé pour le soja peut aussi être utilisé, sous certaines conditions très restrictives, pour le haricot qui est également une légumineuse. "Avec ce problème que le soja OGM n'a plus besoin de produit spécifique. Ce qui a terme prive le haricot de cette possibilité", s'inquiète G. Conanec.
Didier Le Du
légende : En Bretagne, les haricots, épinards et carottes sont les plus touchés.