
Spécialisé en production laitière (62 VL), Guy Le Calvez en EARL avec son épouse a étudié plusieurs solutions avant de se lancer dans la réalisation concrète de la mise aux normes de son atelier. Le projet élaboré au départ ne le satisfaisait pas. « C’était un projet global dans lequel il me fallait notamment construire une fosse de près de 1500 m3 pour recueillir le lisier, les eaux brunes, les eaux blanches et les eaux vertes », souligne l’éleveur. Une solution abandonnée car jugée trop onéreuse. « De plus, elle entraînait outre la construction de la fosse, un travail conséquent pour le transport d’effluents peu chargés et donc avec une valeur fertilisante faible, avec un coût de fonctionnement élevé ».
Une nouvelle réflexion engagée en concertation avec les services de la Chambre d'Agriculture et notamment Serge Le Chapelain, conseiller bâtiments à Guingamp, a permis de trouver le bon compromis permettant de concilier les différents objectifs. « Il ne suffit pas d’avoir un beau projet sur le papier. Je voulais intégrer tous les éléments : faisabilité technique compte tenu de l’existant, contraintes de l’exploitation, main-d’œuvre, et coût au litre de lait ».
Valoriser l’existant
Une bonne partie de l’existant a pu être conservée et réaménagée, notamment tout le bloc traite. La table d’alimentation a été couverte limitant d’autant les ruissellements. Les déjections sont raclées et envoyées vers une fosse de 600 m3 construite lors de cette mise aux normes. Mais surtout, la fosse de 180 m3 existante a été reconvertie en bassin tampon de sédimentation (BTS) pour recevoir et décanter les eaux blanches (lavage de l’installation de traite et du tank), les eaux vertes (lavage des quais) et les eaux brunes (aire d’exercice).
La confection du BTS est simple puisqu’elle a consisté à poser une buse d’un mètre de diamètre contre la paroi. Un tuyau en PVC de 100 permet à la partie liquide, et seulement à la partie liquide après décantation, de venir dans cette buse pour être pompée en direction d’un asperseur, situé sur une parcelle jouxtant les bâtiments. Toujours à la recherche d’astuces Guy Calvez à mis un tuyau de PVC fendu à plusieurs endroits dans sa buse pour filtrer la partie liquide avant pompage. Cet aménagement permet en effet de limiter efficacement, le risque éventuel de colmatage de la crépine.
Huit à dix fois par an, les effluents peu chargés (moins de 0,1 unité d’azote) sont ainsi épandus sur deux parcelles. « L’épandage agronomique m’imposait 70 ares, j’ai en fait 2 ha 50 d’accessibles avec l’asperseur qui est équipé de 200 mètres de tuyaux ». Les parties solides (croûtes et sédiments de fond de fosse) sont pompées une fois par an à la tonne et mélangés au lisier de la grande fosse.
600 m3 de moins à transporter
Sur le plan investissement, l’éleveur ne considère pas avoir fait une économie substantielle par rapport au fait de tout mettre dans une grande fosse. « L’ensemble du dispositif, la pompe, l’asperseur, le tuyau enterré pour aller de la pompe à l’entrée de la parcelle, les 200 mètres de tuyaux accompagnant l’asperseur sur la parcelle, représente un investissement de 10 000 euros ».
Par contre, ce sont 600 m3 d’effluents peu chargés qui ne doivent pas être transportés avec une tonne. « L’équivalent de 50 tonnes de 12 000 litres ». Pas négligeable en temps et en coût. « Une fois le système mis en route, il me suffit de surveiller tout en effectuant d’autres tâches, et de déplacer l’asperseur quand il est arrivé en bout de parcelle ».
Au final, Guy Le Calvez estime avoir fait le bon choix. « La mise aux normes est une obligation. Nous avons, par le réaménagement des bâtiments, gagné en confort, évité d’alourdir la charge de travail, et sommes restés dans des coûts raisonnables ».
Pierre Dénès
Photo : Guy Le Calvez et Dimitri Mahé devant la fosse reconvertie en bassin tampon de sédimentation