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Phyto légumes / De nombreuses substances actives retirées du circuit - Dans trois mois, c’est la fin des dérogations
 
Birlane CE 40, Rhodocide, Flexpack, Patoran… Des anti-parasitaires et des désherbants couramment utilisés en production légumière qui vont bientôt disparaître. Aujourd’hui, leur utilisation intervient à des phases clés de la conduite des cultures. Après avoir obtenu une dérogation pour usages essentiels en 2003, ces produits seront prochainement retirés du circuit, laissant les producteurs dans une impasse.

Beaucoup d'usages "non pourvus"

Instaurée en 1993, la directive 91/114/CE réglemente au niveau européen l'homologation et la mise en marché des produits phytosanitaires, en listant dans une annexe (l'annexe I) les matières actives autorisées et utilisables par les firmes. Dans le cadre de cette directive, beaucoup de matières actives sont régulièrement retirées.
Pour commercialiser un produit phytosanitaire, le fabricant doit présenter un dossier de demande d'homologation comprenant deux rubriques : l'efficacité (sur la cible) et l'innocuité (la partie toxicologie). Dans cette dernière, les exigences en termes de résidus (les limites maximales de résidus, LMR) se sont considérablement renforcées. "Face à la complexité des procédures, au très grand nombre d'espèces en fruits et légumes, le rapport entre le gain éventuel et le coût certain de l'homologation n’incite pas les firmes phytosanitaires à la recherche, explique Jean-François Proust, chargé au niveau national de défendre les intérêts des producteurs. Les usages vont devenir "non pourvus", et les producteurs se retrouver sans solution de lutte autorisée". Suite à un nombre important de retraits en 2003, certains produits considérés comme essentiels ont bénéficié d'une extension de leur période d'utilisation jusqu'au 31 décembre 2007. Mais peu d’alternatives concrètes ont été trouvées aujourd’hui.

Un coup dur pour l’artichaut

Le retrait du Chlorfenvinphos (Birlane CE 40) de l’annexe I caractérise assez bien la situation. L'anti-parasitaire cible la mouche du chou. Au 31 décembre, quelle alternative ? La seule substance active compétente autorisée est Lamda-Cyhalothrine. Le traitement nécessite plusieurs applications du fait de sa faible rémanence, ce qui va à l'encontre de la politique actuelle de réduction des intrants. La lutte physique ? Un filet protecteur peut être appliqué sur la culture pendant la période de vol, avec néanmoins quelques problèmes de manque de luminosité, d'aérations propices au développement des maladies et un coût plus élevé. Enfin, la lutte biologique montre peu de résultats positifs. "L’enjeu économique pour la région est ici important, déclare Jean-François Proust. Cette interdiction va entraîner des pertes de calibres et de récolte sur les variétés d'été. À terme, la région ne sera plus fournisseuse". La situation est aussi préoccupante pour les producteurs de haricots, navets, oignons, carottes et artichauts. Pour cette dernière culture, l’anti-mildiou et le désherbant réservé à l’espèce seront interdits. "Si l’anti-mildiou est retiré, les défauts sur le fruit vont s’accentuer et seront évolutifs. La maîtrise pour le conditionnement ne sera pas simple et le consommateur ne sera pas satisfait au final. La question est : pourra-t-il payer plus cher et jusqu'à combien ?". Le désherbage est une phase clé, la première année de la culture. "Si on ne résout pas le problème, la production d’artichaut va s’arrêter progressivement en Bretagne" estime le responsable.

« La situation est extrêmement grave »

La récente nécessité de l’homologation des produits industriels simples (soufre, cuivre…) a permis de préserver la production de pomme de terre pour la saison. "Dans la législation, on oublie que la protection est aujourd'hui une nécessité pour la société, tempête le responsable. Cette année, sans protection phytosanitaire, c'était la famine !". Allusion à la récolte de pomme de terre qui aurait pu être catastrophique sans protection phytosanitaire. Pour lui, la situation est extrêmement grave. "C’est une remise en cause économique du système. Ces mesures sont contre-productives : elles vont entraîner une baisse des volumes de production, une utilisation de gasoil, du travail, et au final peu de récolte. Quel est l'intérêt pour l’environnement ? Si rien n'est fait rapidement, les impasses seront nombreuses et dramatiques. Elles vont remettre en cause la production de légumes en Bretagne".

Bertrand Caro

Photo :  Jean-François Proust s'est engagé à défendre les intérêts des producteurs au niveau national, notamment à travers le forum phyto sur internet. "L’objectif est d’informer les producteurs sur l’évolution du dossier. C’est pour eux une base de donnée essentielle".


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Date de l'article : semaine du N° du 28 Septembre au 5 Octobre 2007
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