
Comme les autres viandes de volailles, le canard a subi, en 2006, les conséquences de la crise médiatisée de l'influenza aviaire avec une chute de production de l'ordre de 6 %. "Depuis, la consommation a repris mais on se heurte à un manque de confiance de la part des éleveurs, lié à une rentabilité qui a chuté", explique Jean Rozier, président du Cicar, (Comité interprofessionnel du canard à rôtir). La situation est d'autant plus tendue que le canard de Barbarie nécessite des équipements d'élevage spécifiques (caillebotis, alimentation…), plus onéreux que les autres volailles, avec des contraintes plus fortes.
Hausse des coûts alimentaires
La filière doit aussi faire face à une hausse des coûts d'alimentation, liée à l'envolée des matières premières. Il faut 2,7 kg d'aliment pour produire un kg de canard (70 % de céréales) contre moins de 2 kg pour le poulet. "La hausse de l'aliment pèse donc plus lourdement sur les coûts de production du canard et compromet les équilibres financiers à moyen terme", souligne Gilles Le Pottier, délégué du Cicar. La modernisation des outils doit permettre de faire face à ces contraintes.
Une viande de qualité
La filière veut aussi mettre en avant ses atouts. "Le canard, c'est l'autre viande rouge. Ses parts de marché dépendent de l'évolution de la consommation de viande bovine. Or, les prix de cette dernière sont et resteront élevés", estime Gilles Le Pottier. "Le canard a donc ses chances, il peut bénéficier d'un transfert de consommation, comme cela s'est passé lors de la crise de l'ESB où la consommation avait fortement progressé". Il a aussi une bonne image auprès du public.
Son second atout, c'est l'organisation de la filière au sein du Cicar. Les éleveurs, les accouveurs, les fabricants d'aliment, les abatteurs se sont réunis au sein du Cicar qui regroupe 35 organisations de production. La filière canard à rôtir peut ainsi parler d'une voix. Le travail du Cicar, par exemple sur les enzymes, a permis de réduire les intrants tels que le phosphore, dans l'alimentation.
La filière canard à rôtir doit aussi composer avec la filière canard gras. En effet, 233 millions de canards ont été produits en France en 2006 (second producteur mondial après la Chine). Les canards gras sont majoritaires (134 millions de canards). Les consommateurs ne font pas de différence entre le filet et le magret. Le canard de Barbarie est une particularité française. C'est une viande de qualité moins grasse et plus rouge que le canard Pékin, plus rustique et plus utilisé dans les autres pays européens.
Patrick Bégos
Photo : Au centre, Jean Rozier, président du Cicar, entouré de Philippe Guillet, vice-président (à droite) et de Gilles Le Pottier, délégué.