
Une crise du porc particulièrement atypique. Certes le prix n’est pas élevé, 1,173 en prix de base à 56 % de TMP lundi dernier au cadran de Plérin. Mais ce sont surtout les coûts de production qui ont explosé. Le différentiel prix payé au producteur et coûts de production ne cesse de s’accroître, entre 20 et 25 euros par porc. Ponctuellement le marché doit en outre gérer une offre fournie.
Près de 300 éleveurs costarmoricains réunis lundi soir à Plérin à l’initiative de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs 22, en colère s’en sont rapidement pris aux abattoirs, et plus particulièrement à ceux (absents de cette réunion) qui lors du marché du jeudi précédent ont fait pression à la baisse. Le fait que ces outils d’abattage appartiennent majoritairement à des structures coopératives ne fait qu’accentuer le malaise.
Remise en cause de l’interprofession
Les explications n’ont pas toujours été entendues par les éleveurs. Ainsi Guy Dartois, président du Groupe Cooperl a illustré clairement le contexte : surproduction européenne, spéculation sur le marché des céréales, distorsions pour les éleveurs français face à d’autres producteurs autorisés à utiliser des maïs OGM vendus 100 euros la tonne de moins, et des farines animales … Sans pouvoir donner de solutions miracles, il a souhaité que, pour dégager le marché et soulager les opérateurs, les aides à l’exportation soient réactivées pour un nouvel équilibre offre/demande.
Sans doute plus que les outils d’abattage, l’interprofession est aussi montrée du doigt. La confiance en la structure interprofessionnelle (son président a souvent été directement mis en cause) paraît émoussée, notamment sur les dossiers économiques. Sa capacité à faire pression sur la Grande distribution est jugée nulle. D’aucuns s’interrogent si celle-ci y a encore sa place, dans la mesure où les sujets sensibles, notamment sur les prix et sur les marges sont éludés.
Les actions se multiplient
Alors quelle solution pour sortir de la crise ? On revient à des classiques : diminution des poids de carcasses, abattage des porcelets, dégagement de marché … Mais pour le plus long terme, dans la mesure où il paraît évident que la crise des matières premières est structurelle, il n’y a guère que le prix qui peut rendre plus de sérénité aux éleveurs. C’est donc sur la distribution et sur les opérateurs d’aval de la filière que se focalisent les syndicalistes. Les éleveurs ont de nouveau ciblé leur action lundi soir sur deux grandes surfaces. Dans d’autres départements (voir ci-dessous) ce sont les outils d’abattages qui sont visés.
Cela suffira t-il à enclencher le débat sur les marges et leur répartition. Pas si sûr, à moins que, et c’est le vœu exprimé lundi par Paul Auffray, secrétaire général de la Fédération nationale porcine, l’Etat intervienne. Une rencontre était prévue au ministère de l ‘Agriculture ce vendredi 28 septembre.
Pierre Dénès
Photo : Les responsables de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs 22 ont eu du mal à contenir la colère de leurs troupes.