
Le Comité régional porcin (CRP) et l’Association régionale interprofessionnelle porcine (Arip) dénoncent avec force l’attitude de la grande distribution au sein de l’interprofession porcine, Inaporc. «Les pouvoirs publics ont imposé une interprofession porcine intégrant la grande distribution. Mais la seule commission qui ne fonctionne pas est justement celle qui la concerne directement, « la commission de l’observatoire des marges et des prix», regrette le président du CRP, Fortuné Le Calvé. Dans ces conditions il juge que la grande distribution n’a tout simplement plus sa place dans l’interprofession. Une analyse également partagée par Marcel Corman, le président de l’Arip.
Une interprofession muselée
Sans critiquer l’interprofession Inaporc, lui reconnaissant une réelle efficacité sur certains dossiers, tel que celui de l’équarrissage, les deux responsables doutent de son pouvoir dès lors qu’il faut débattre d’autres problèmes de répartition des marges. « La grande distribution met rapidement les producteurs sous silence. Et les opérateurs de l’aval (abatteurs ou salaisonniers) sont tétanisés par la peur d’être déréférencés par telle ou telle centrale d’achats ou distributeur». Bref ils ont le sentiment que l’interprofession est muselée sur certains sujets.
Le débat autour de la hausse du prix des matières premières sans augmentation des prix des produits agricoles ne fait qu’accentuer ce sentiment de subir cette pression toujours plus forte. « La hausse des coûts de production devient insupportable pour les producteurs et nous savons que les structures d’aval éprouvent aussi des difficultés. Dans le même temps, la grande distribution engrangedes bénéfices. Elle pourrait payer 20 centimes de plus le kilo de porc avec une répercussion minime au consommateur, 1 à 1,5 % du kilo ou 7 à 8 centimes pour un kilo de côte». En clair rogner un peu sur ses marges.
Reprendre la main
Agacés par la remarque du ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, en visite au Space qui reproche aux producteurs de ne pas être organisés, « alors que 98 % de la production passe par les groupements», les deux responsables estiment devoir réagir vite. « C’est une urgence, il faut porter le débat ailleurs et redonner le pouvoir aux producteurs». Et plaident pour la création d’un Comité économique porcin régional, à prenant exemple sur le secteur légumier . Une structure la plus large possible représentant les 7000 producteurs d’une vingtaine de groupements. L’objectif est donc clair, reprendre la main face à cette grande distribution qui oppresse et dicte sa loi.
Reste à concrétiser cette idée qui paraît séduisante et a effectivement fait ses preuves dans le domaine légumier au travers du Cerafel. Mais il faut reconnaître que le contexte est un peu différent. Les acteurs sont plus nombreux, certaines structures (groupements) fortement engagées dans l’aval, la part des produits transformés est importante … La conjoncture actuelle avec une flambée exceptionnelle des matières premières et des coûts alimentaires qui deviendra vite insupportable, conjuguée à une baisse des cours pourrait toutefois amener les producteurs et les structures à se serrer un peu plus les coudes. Une opportunité à saisir pour les responsables du CRP et de l’Arip.
Pierre Dénès
Légende photo : Fortuné Le Calvé, président du CRP et Marcel Corman, président de l’ARIP