
Entreprendre une telle démarche aurait paru superflu il y a quelques années. La multiplication des associations et les problèmes qu'elles peuvent engendrer incite de plus en plus d'exploitants à se poser les bonnes questions avant de s'engager. Pierre, 41 ans, producteur de 300 000 L de lait dans la région de Locminé dans le Morbihan, et Vincent, 22 ans, son ancien stagiaire, ont contacté un conseiller de la Chambre d'agriculture pour les aider.
"Nous avons déjà travaillé ensemble dans une situation hiérarchique de maître exploitant à stagiaire. Si nous nous associons, les rapports ne seront pas du tout les mêmes", déclare Pierre. "Avant d'être économique, l'engagement est humain, et nous savons tous que les cicatrices peuvent être profondes en cas d'échec".
Ils ont donc demandé à Benoît Rolland, conseiller d'entreprise, de les accompagner dans cette démarche. Six mois après leur première entrevue et lors de la troisième demi-journée de travail, plusieurs points sensibles restent encore à aborder.
Tous deux ont pourtant déjà fixé un cadre de référence sur lequel ils sont d'accord et ne reviendront pas. S'ils travaillent ensemble, ils seront producteurs de lait et associés de société. Leurs objectifs, à moyen terme, sont de développer le volume de production, mais aussi, si possible, d'intégrer d'autres associés. Leurs logiques de développement excluent les productions hors-sol et les grandes cultures. Ils sont également en phase sur les règles de fonctionnement, tous deux sont attachés à la qualité de vie.
Les besoins de prélèvements privés, sujet sensible
"Certaines choses peuvent paraître évidentes, mais cette démarche nous oblige à nous exprimer sur tout, le conseiller nous tire les vers du nez. Il y a beaucoup de choses que je n'aurais pas osé dire à Pierre, j'aurais eu peur de le froisser", déclare Vincent. Pour preuve, la discussion qui s'engage sur les salaires. Les âges et les situations familiales sont différentes, les besoins également. Pierre, ingénieur de formation, a deux enfants et sa femme travaille à l'extérieur. Il prélève actuellement 22000 euros par an et espère retirer 40000 euros dans dix ans. Il semble un peu inquiet en écoutant Vincent s'exprimer. Ses besoins à lui sont minimes pour le moment et il a du mal à se projeter dans l'avenir. L'ambition de Pierre nécessite pourtant un développement important de la structure et une forte adhésion de l'associé.
Les travaux dirigés par Benoît appellent aussi à la vigilance concernant le temps non agricole. Pierre a beaucoup de responsabilités professionnelles et consacre du temps à sa famille. Il souhaiterait que son associé prenne aussi des responsabilités de manière à comprendre le bonus que l'on peut en retirer mais aussi accepter ses contraintes.
"Nous n'apportons pas de réponses, confie Benoît Rolland, nous apportons une méthode. Notre rôle est de les faire s'exprimer afin de mettre l'accent sur ce qui peut ne pas convenir et surtout de les faire réfléchir".
Pierre et Vincent sont convaincus de l'utilité de la démarche, les deux mille euros de coût de la prestation leur paraissent dérisoires par rapport à l'enjeu.
Bernard Laurent
Légende : Benoît Rolland, conseiller d'entreprise à la Chambre d'agriculture du Morbihan, à l'écoute des futurs associés.