
L'augmentation du prix des matières premières, et donc de l'aliment, pénalise les productions animales. "Les producteurs de lapins sont touchés de pleine fouet", explique Alain Guillotel, président du Gaelap. Avec son associé, il exploite un élevage de 2 000 cages-mères, entièrement rénové, dans l'Est du Morbihan.
Une lourde incidence
Depuis quelques mois, l'aliment lapin a augmenté de 45 euros/t. "Nous en consommons 1 200 t/an, ce qui entraîne une augmentation globale de 54 000 euros, par rapport à l'an passé". Le prix de l'aliment devrait encore progresser, d'ici la fin de l'année, d'au moins 15 à 20 euros/t. Le poste aliment augmenterait alors de 75 000 euros par rapport à l'année dernière. Pour Philippe Raison, président du Syprolap (800 cages-mères pour le couple), l'incidence serait également lourde, (plus de 20 000 euros actuellement et sans doute plus de 25 000 euros, d'ici la fin de l'année).
À l'augmentation de l'aliment, il faut ajouter celle des copeaux (+ 10 %), celle du gaz, de la génétique, ainsi que la nouvelle charge liée à l'équarissage. "Les éleveurs ne peuvent pas faire face à ces hausses. L'an dernier, nos revenus n'ont pas dépassé 17 000 euros/UTH", explique Alain Guillotel.
20 à 30 ct tout de suite
Parallèlement, les prix de vente ne progressent pas. C'est même l'inverse, la consommation de lapins stagne et les abatteurs ont dû stocker et congeler de la viande de lapin, au mois de juin, période traditionnellement creuse pour la consommation. Ces stocks ont pu être résorbés, grâce à une campagne promotionnelle.
"Il nous faut au minimum de 20 à 30 ct de hausse de nos prix de reprise, intégralement versés à l'éleveur, dans un délai court, (d'ici la fin septembre), pour que les trésoreries des élevages puissent se maintenir", déclare Alain Guillotel. "C'est un minimum. Nous voulons un signe fort des abatteurs".
Aux yeux des éleveurs, la grande distribution doit faire des efforts en ne profitant pas, par exemple, de cette hausse, pour prendre une marge supplémentaire. "Nous ne voulons pas qu'ils pénalisent la consommation", déclare Philippe Raison.
Solidarité entre éleveurs
Le marché de la viande de lapin est, surtout, franco-francais. Quatre groupes se partagent plus de 80 % des abattages. Au travers des groupements, la production est organisée, notamment, durant la période creuse de l'été où les organisations coordonnent la réduction de la production.
En France, la consommation moyenne de lapin est de l'ordre de 2 kg/habitant. "L'augmentation de 20 à 30 ct/kg, à la production, n'aurait qu'une faible incidence sur le budget du consommateur (de l'ordre de 50 ct/an)", souligne Alain Guillotel. "Il faut une solidarité entre producteurs, car, nous sommes tous dans le même bateau, quelle que soit notre production. Le métier d'éleveur est en péril dans ce contexte de hausse des matières premières. Si nous ne sommes pas unis, nous ne serons plus là, demain".
Patrick Bégos
Légende : Les prix de vente ne permettent pas de faire face aux augmentations du prix de l'aliment et des charges.