
Perçue comme un progrès agricole majeur par tous ceux qui ont fait le poatr-saout (1) quand ils étaient jeunes, la clôture électrique s'apprête à vivre d'autres révolutions.
Les vaches surveillées par satellite
Aujourd'hui, des recherches s'intéressent aux clôtures gérées par GPS. Finis les fils et les poteaux : l'animal équipé d'un collier GPS ne dépassera plus les limites de la parcelle définies par l'éleveur et contrôlées par satellite sous peine de recevoir une décharge électrique. Finies donc les clôtures physiques avec fils et piquets plantés à la masse sous la pluie. Place aux clôtures virtuelles tracées bien au chaud sur l'écran d'ordinateur.
"Gast ! n'eo ket possubl ! " (2), diraient les plus anciens bretonnants face à ce progrès technologique qui dans quelques années pourrait se pointer dans toutes les entrées de champs. Reste que des problèmes techniques sont encore à gérer. Par exemple : comment recharger le collier dont le système d'exploitation consomme en permanence de l'énergie. Un système de roulement permettant le chargement des piles comme dans une montre pourrait être une solution. Autre question : ce système sera-t-il compatible au petit parcellaire ?
Sans doute moins complexe, le concept d'électrification "fils sans poteaux" mis au point par les chercheurs du Cemagref de Grenoble et Clermont-Ferrand devrait être vulgarisé à plus brève échéance dans les élevages. Ce type de clôture est déjà utilisé pour contenir les chiens dans une enceinte ouverte (jardin, cour…). Pour ce qui est de l'élevage de bovins, des sociétés spécialisées dans les clôtures électriques s'y intéressent, comme Creb, Chaperon et Lacmé. Cette dernière présentait son "prototype" – le Bovigard – lors du dernier Safir.
Intérêt technique
Le principe de fonctionnement est simple : dans un fil, un générateur envoie un faible courant qui crée un champ magnétique, perçu par un récepteur intégré au collier de chaque animal. Lorsque le bovin pénètre la zone "d’avertissement", il perçoit un signal sonore. S’il poursuit sa progression, il atteint la zone de "punition", où une brève décharge électrique lui est infligée au niveau du cou, par le collier. Des possibilités de réglage existent : l'éleveur peut définir la distance entre la zone d'avertissement et la zone de punition.
Ce dispositif est complètement autonome sur une saison de pâturage. Le générateur est alimenté par une batterie ou par des panneaux photovoltaïques. Le collier étant équipé d’un jeu de piles suffisant pour une saison.
Le fil peut être étendu à même le sol, posé sur la végétation, voire enterré. "Dans le cas de pâturage tournant ou avec fil avant, les veaux de vaches allaitantes non équipés de colliers peuvent pâturer dans une parcelle adjacente là où l'herbe est de meilleure qualité et non souillée", expose John Bailey, conseiller technique chez Lacmé, soulignant ainsi "les intérêts techniques de ce procédé d'électrification pour l'exploitation de l'herbe".
Didier Le Du
(1) Vacher en breton.
(2) Expression d'étonnement et d'incrédulité : "Ce n'est pas possible quand même !"
Légende : "Ces jeunes animaux se sont habitués très rapidement au système d'électrification", assure John Bailey, conseiller technique chez Lacmé.