
L'UDSEA exprime sa plus grande prudence par rapport à l'évolution actuelle du marché des matières premières. Le syndicat ne veut pas s'engouffrer dans ce qu'il considère comme un leurre : produire plus pour ne pas gagner plus.
Augmentations confisquées
Le nouveau président du syndicat, Yvon Pouliquen, se dit "étonné" de la tournure prise par les événements. "On ressent une communication de la grande distribution qui voudrait faire porter l'augmentation des prix au milieu paysan". Et de détailler ses propos : "On parle d'augmentation de 40 % sur certains produits laitiers, mais faut-il rappeler que les prix à la production ont diminué de 12-15% ces 5 dernières années".
Le syndicat calcule que l'augmentation accordée aux producteurs laitiers sur le 1er semestre 2007 ne représente jamais que 0,3-0,4 % et que les 13 euros du 3e trimestre équivalent à 5 % du prix de base. "Ce qui veut dire que toutes les augmentations qui excèdent 5 % sont confisquées par certains éléments de la filière".
Ces arguments conduisent l'UDSEA à demander aux producteurs d'avoir une approche très économique dans leurs choix. "Avec des prix de céréales qui ont plus que doublé en un an, un prix des génisses laitières qui flambe, des prix de fourrages qui explosent – on parle de 1 500 euros/ha de maïs –, individuellement, il ne faut pas vouloir à tout prix faire son quota et les suppléments qui sont accordés, même si au niveau national le quota doit être réalisé", estime le leader syndical.
Pour une gestion de marchés
Mettant en garde contre un éventuel retournement de conjoncture, Yvon Pouliquen, appelle donc "à la prudence. D'autant qu'il n'y a pas de pénurie de lait. Il y a tout simplement un équilibre qui, pour une fois depuis 5 ans, est favorable aux producteurs", estime-t-il. Et de rappeler les chiffres : "650 000 t de sous-réalisation ne représente que 2,5 % du quota national. Il n'y a donc pas de raison de se précipiter pour augmenter la production qui induirait une baisse de prix comme on le voit en production porcine".
En arrière-plan de cette analyse conjoncturelle, le syndicat reste en fait favorable à une politique de gestion des marchés, étant convaincu que la suppression des quotas s'accompagnera d'une baisse de prix. "C'est tout, sauf une organisation libérale, avec ses hausses et ses baisses de prix de forte amplitude, qui est capable de gérer l'alimentation de la planète".
L'UDSEA ne veut pas davantage rentrer dans le discours qui consiste à dire que l'Europe va nourrir le monde. "C'est une vue de l'esprit", analyse son président attaché à la souveraineté alimentaire par grandes zones géographiques de la planète. "Sans compter qu'il y a opposition entre cette mission nourricière et le développement des filières énergétiques qui est une mesure phare depuis plus d'un an".
Didier Le Du
Légende photo : Trois des membres du nouveau bureau de l'UDSEA : Christine Corvest, 1ère vice-présidente ; Yvon Pouliquen, porte-parole ; Vincent Pennobert.