
Le Miscanthus Giganteus, plante originaire d’Asie, aussi appelée herbe à éléphant est une graminée vivace de la même famille que la canne à sucre qui présente un potentiel important dans différents domaines : la production de chaleur et d’énergies, la filière des biocarburants, les écomatériaux…
« Elle présente en outre l’avantage d’une productivité exceptionnelle pour un coût d’exploitation (hors implantation) bas et un bilan écologique très favorable » explique Jean-François Courcoux, agriculteur à Plaintel en production de plants (saules tortueux), de peupliers et de céréales. « Je m’intéresse depuis plusieurs années aux énergies renouvelables » . Il a d’ailleurs un projet éolien
C’est d’abord son intérêt énergétique qui a amené Jean-François Courcoux à s’y intéresser. Soutenu par l’Europe dans le cadre du programme Leader + et par le Conseil général, il conduit des essais sur son exploitation de Plaintel. Plus de 3 ha de miscanthus ont ainsi été implantés avec des variétés issues de plusieurs pays : Pologne, Grande Bretagne, Allemagne, Autriche… Ceci pour comparer leur adaptation au sol et au climat breton, tester la qualité de la variété. « On note déjà des différences très prononcées ».
Culture simple et écologique
Dans le nouveau contexte énergétique mondial, il est en fait persuadé, comme d’autres, que l’agriculture a un rôle important à jouer. Mais estime aussi que « les voix actuellement explorées comme l’utilisation des productions agricoles traditionnelles pour produire de l’énergie ne sont pas les meilleures ». Globalement les rendements énergétiques sont faibles, et le bilan écologique pas satisfaisant car elles nécessitent l’utilisation d’intrants.
A contrario, il présente le miscanthus sinon comme une plante miracle, du moins comme une réelle opportunité. « Simple à implanter, à cultiver elle nécessite peu d’intrants et est en place pour 15 à 20 ans ». Après une préparation du sol identique à celle pour l’implantation d’une céréales ou d’un maïs, des morceaux de rhizomes sont mis en terre (à la planteuse à choux ou à pomme de terre) à 10-15 cm de profondeur. « Il s’agit de variétés hybrides stériles. Elles ne peuvent se reproduire ni donc se disséminer dans la nature » précise Jean François Courcoux.
En fonction des variétés, la plante démarre plus ou moins rapidement entre 8 jours et 1 mois. Elle atteint 2 mètres au bout d’un an et jusqu’à 4 mètres la troisième année. « Pas de fertilisation ni de traitement, sauf éventuellement un herbicide antigerminatif la première année, car la plante peut souffrir de la concurrence des mauvaises herbes. Les années suivantes, c’est le miscanthus qui domine et étouffe les mauvaises herbes ». Jean-François Courcoux a décidé volontairement de s’en affranchir, ce qui fait que la culture subit une certaine concurrence.
La culture, une fois implantée, ne nécessite donc aucune intervention autre que la récolte. Un élément à prendre en compte dans le coût d’une implantation estimé à 3300 euros. La récolte peut s’opérer à différentes périodes en fonction de l’utilisation. « Pour ce qui nous concerne et pour préserver ses avantages écologiques, nous prenons l’orientation d’une récolte en février/ mars ». C’est à dire lorsque la plante sera totalement à maturité, que les feuilles seront déséchées et tombées. « Elles constitueront dès lors un paillage mobilisant l’azote pour la culture de l’année suivante et évitant toute opération de désherbage ». Ne sont alors récoltées que les cannes, soit comme un ensilage conventionnel, soit en coupe simple suivi d’un pressage. La récolte à l’automne (en vert) peut aussi s’envisager par exemple pour une utilisation dans un digesteur de méthanisation, mais alors il faut avoir recours aux intrants pour garantir la culture de l’année suivante.
Energie, Ecomatériaux…
Jean-François Courcoux insiste aussi sur les avantages de la culture sur le plan écologique, notamment sur un bassin-versant. « Pas de labour, puisqu’elle est implantée pour des années, pas d’utilisation de produits phytosanitaires (sauf un anti-geminatif éventuellement à l’implantation), ni d’engrais, une couverture permanente des sols. Elle a en outre une capacité exceptionnelle à absorber le CO2, 1 ha en absorbe 36 tonnes par an. A l’heure ou l’on évoque de plus en plus le quota carbone, c’est un atout indéniable ».
Les utilisations sont multiples : en plaquettes ou mis en granulés pour la production de chaleur avec un pouvoir calorifique équivalent au bois, incorporés dans des process d’écomatériaux ou d’emballages, comme litière pour les élevages hors-sol ou encore pour la production de carburant de deuxième génération (Ethanol). Là aussi avec des rendements annoncés supérieurs aux cultures actuellement utilisées et sans intrants. « Le bilan énergétique est très favorable. Ainsi un colza nécessite par ha 19 390 Giga joule d’énergie pour libérer à la sortie 72 000 Giga joule (rapport de 1 à 4) alors que le miscanthus produit 300 000 GJ pour seulement 9 223 GJ nécessaire à sa culture (rapport de 1 à 30) », conclut Jean-François Courcoux persuadé que le miscanthus a un réel avenir en Bretagne. Il voudrait développer à la fois une filière de production et de transformation.
Pierre Dénès
Légende photo : D’un côté un pot et de l’autre des granulés pour alimenter une chaudière illustrent deux des utilisations diversifiées du miscanthus