
Le Safir est, entre autres, l'occasion de débattre de sujets qui concernent le plus grand nombre. Tel était le cas vendredi 31, avec la tenue d'un débat sur les produits phytosanitaires et la santé des agriculteurs, en présence de Jean-Luc Dupupet, médecin responsable des risques chimiques à la MSA, et Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l'Université de Caen et président du conseil scientifique du Crii Gen (Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique).
Des scientifiques venus pointer du doigt les dangers potentiels entraînés par l'utilisation de certains produits, notamment pour le fonctionnement des hormones ou encore la formation du foetus. "Au Canada des chercheurs ont montré que l'utilisation de produits contenant du glyphosate augmentait les risques de fausses couches", a relevé Gilles-Eric Séralini, appelant de ses vœux une évolution de la législation (notamment pour les mélanges), un développement des évaluations ainsi que de leur transparence puisque les études de toxicité ne sont actuellement pas publiques. Intervenant à la MSA, Jean-Luc Dupupet est bien placé pour observer les incidents recensés par le réseau de toxicovigilance de la MSA Phyt'attitude*. Créé en 1991, Phyt'attitude recense, analyse et valide les signalements d'accidents ou d'incidents survenus lors de l'utilisation professionnelle de produits phyto ou lors de contacts indirects à l'origine de problèmes de santé. Si la prévention s'améliore, il reste que certaines pathologies, comme certains cancers ou encore la maladie de Parkinson, semblent surreprésentées dans la population agricole.
Changer les pratiques
Alors que faire pour faire améliorer la situation ? Conseiller prévention à la MSA 35, Nicolas Jagu a présenté la méthode appliquée par la MSA lors de son arrivée sur une exploitation : "Nous commençons par évaluer les risques (place du stockage des produits, système de pulvérisation, etc.), puis nous recensons les actions de prévention possibles (aménagement des locaux, conseils sur les procédures d'habillage / deshabillage, substitution de produits, minimisation de l'utilisation, etc.). Nous proposons aussi des journées de formation", a-t-il listé. Olivier Cor, responsable agronomie à Coopagri Bretagne, a pour sa part mis l'accent sur les conséquences positives de la mise en place un local phyto sur l'exploitation, pratique conseillée par les techniciens. "Le local concrétise le risque phytosanitaire qui reste, sinon, un peu abstrait." Coopagri entend également faire des efforts de vulgarisation sur les étiquettes des produits vendus.
Un élément repris par Jean-Luc Dupupet : "il faut apprendre à décoder les étiquettes et choisir les produits les moins dangereux". Reconnaissant qu'une "révolution des mentalités est en marche", Gilles-Eric Séralini a pour sa part appelé à un changement encore plus significatif des pratiques sur le terrain.
Anne-Laure Lussou
* Phyt'attitude, numéro vert : 0 800 887 887.
Légende photo : Jean-Luc Dupupet (au centre), médecin responsable des risques chimiques à la MSA, et Gilles-Eric Séralini (à droite), professeur de biologie moléculaire à l'Université de Caen et président du conseil scientifique du Crii Gen, intervenaient à la conférence du Safir.