
Depuis plusieurs années, des éleveurs de porcs répartis sur 8 cantons de l’Est de Rennes, tous classe en ZES (Zone d’excédent structurel) essentiellement sur les bassins versants de la Vilaine et de La Seiche ont engagé une réflexion sur la mise en œuvre d’un plan d’épandage collectif. Le parcours a été long et semé d’embûches.
« Les éleveurs concernés disposent de faibles quantités de lisier à résorber. Le traitement s’avérait être une solution coûteuse », explique Joseph Gérard, éleveur à Domagné et président du GIE Terre Eau. La solution étudiée et qui se concrétise aujourd’hui a été un projet de transfert des excédents de lisier des zones classées en ZES, vers des exploitations situées hors ZES en déficit d’amendements organiques. Pour y aboutir, il a néanmoins fallu du temps, pour recenser les agriculteurs ayant des disponibilités en plan d’épandage, d’accord pour adhérer au projet, et mettre en place toutes les études indispensables à la mise en place d’un plan d’épandage collectif agréé par l’Administration.
Traçabilité totale
L’accord officiel a été obtenu le 5 mai dernier, en sachant toutefois que les opposants ont déposé un recours devant le tribunal administratif. « Nous ne sommes pas totalement à l’abri d’une suspension », reconnaissent les membres du GIE. Une opposition de principe des associations car dans ce dossier rien n’a été laissé au hasard. « La traçabilité du produit est totale. Nous avons en outre mis en place une logistique de façon à tout optimiser, à la fois sur le plan des nuisances (odeur), de la réduction maximale des coûts de transport, de la qualité et des coûts d’épandage, du respect des cahiers des charges de fertilisation… ». Un suivi agronomique va également être effectué. Toute la démarche donnant lieu à un rapport d’évaluation annuel, à une inspection des services de l’Etat.
Concrètement, le transport du lisier est confié à un transporteur qui dispose d’une citerne routière de 27 000 litres. Une analyse de lisier est effectuée à chaque remplissage et la teneur en azote consignée sur le bon de transport. Chaque acteur (donneur, transporteur, Cuma d’épandage, receveur) dispose d’un exemplaire. Le lisier est ensuite acheminé dans des poches souples ou des containers au plus près possible des parcelles d’épandage.
La prestation de service d’épandage est assurée par le matériel de la Cuma Innov’35. Pompé par l’automoteur (Terra Gator) il est réparti avec enfouissage simultané (aucune odeur) sur la parcelle du receveur. « Un matériel particulièrement performant », commente Jean-Yves Trubert, le président de la Cuma. Il met en avance son rendement élevé, 15 km/heure en épandage, une progression en crabe des roues avec pression des pneumatiques contrôlée pour la préservation des sols, une pompe doseuse pour la maîtrise des quantités à épandre, une barre de guidage afin d’éviter doublons ou manques.
Sur 65 communes
Pour les agriculteurs receveurs les avantages sont évidents. Un amendement organique gratuit qui intègre leurs plans de fertilisation et limite d’autant les achats d’engrais minéraux, tout en améliorant la teneur en matière organique de leurs sols. L’ensemble des coûts (transport et épandage) est supporté par les éleveurs adhérents du GIE. Ils estiment le coût (mutualisé) entre 6 et 8 euros du m3. « La moitié moins que si nous avions dû avoir recours à une solution de traitement ».
La Cuma y trouve aussi son compte, puisque la prestation au GIE lui permet d’augmenter sensiblement l’utilisation du Terra Gator. « Nous devrions passer de 35 000 m3 épandus pour nos adhérents à 45 000 m3 et nous rapprocher du seuil de rentabilité fixé aux environs de 50 000 m3 ».
Cette solution inédite en Bretagne aujourd’hui rassemble 44 éleveurs dans le cadre du GIE. « 13 auraient dû traiter car au dessus des plafonds d’épandage en ZES, les autres avaient des excédents et ne disposaient pas des surfaces suffisantes dans leur plan ». Les receveurs qui participent à ce plan d’épandage collectif agréé par l’Administration départementale sont 65. Toute cette démarche concerne 65 communes du département.
Pierre Dénès
Légende photo : Le Terra Gator affiche des performances exceptionnelles en qualité et en rendement à l’épandage