
À de rares exceptions près, les sols bretons sont naturellement acides et dépourvus de carbonates. Cette acidité naturelle est entretenue par le fait que les racines rejettent des ions H+ et que le lessivage des nitrates mobilise aussi des ions H+. Le pH mesure l'acidité du sol, c'est à dire la concentration en ions H+ de la solution du sol. Il conditionne un grand nombre de phénomènes chimiques et organiques.
Un pH de 6 à 6,2
"Un pH trop bas ou trop élevé peut bloquer la disponibilité des oligo-éléments et rendre moins disponibles l'acide phosphorique et la potasse. Un compromis est à trouver au niveau du pH, selon les types de cultures et les risques de carence en oligo-éléments. Un objectif de 6 à 6,2 en système cultures + prairies est souhaitable, il sera plus élevé en légumes (6,5 voire plus)", explique Clarisse Boisselier, conseillère à la Chambre d'Agriculture 56, au groupe d'agriculteurs d'Arzal.
Le pH est un indicateur pertinent, mais il est soumis à variation selon les saisons, l'humidité du sol. Le pH est plus élevé l'hiver et plus faible en été (écart de 0,5 point). L'idéal est de prélever en période d'humidité normale (éviter de juin à septembre) et avant un labour ou un apport d'amendement.
La valeur neutralisante
Le redressement d'un pH se raisonne en besoin en bases (BEB) qui est exprimé en valeurs neutralisantes. La valeur neutralisante (VN), c'est la capacité de l'amendement à neutraliser l'acidité du sol : 1 kg de CaO équivaut à 1 unité VN et 1 kg de MgO (magnésium) à 1,4 unité VN.
"Ainsi, pour remonter le pH d'un point, il faut apporter en moyenne 3 500 unités de valeurs neutralisantes/ha", poursuit C. Boisselier. Les besoins en entretien varient en fonction des systèmes. "En situation standard, on apportera en entretien 300 unités de valeurs neutralisantes/ha et 150 unités s'il y a apport régulier de fumier ou de fientes de volailles (riches en carbonates)".
Les amendements basiques sont distingués selon leur composition en CaO, en MgO, ce qui donne leur valeur neutralisante. On distingue aussi la vitesse d'action potentielle du produit qui dépend de la finesse et du type de roche. Elle peut être rapide, moyennement rapide ou lente.
Produits cuits ou crus
Les produits cuits, comme la chaux vive et la chaux magnésienne, ont des valeurs neutralisantes de 90 à 100 unités pour 100 kg de produit. Leur action est très rapide. Par contre leur coût indicatif non épandu est de l'ordre de 0,18 euro à 0,20 euro/unité VN.
Dans les produits crus, on distingue les produits en fonction de leur finesse. Les produits fins (carbonates de chaux, maerl broyé…), ont une valeur neutralisante de 46 à 54 unités pour 100 kg. Le coût indicatif de l'unité VN varie de 0,10 à 0,22 euro. L'action est moyennement rapide pour les produits broyés et rapide pour les produits tendres et pulvérisés.
Les produits bruts (carbonate de chaux humide, trez, sables calcaires) ont une valeur neutralisante comprise entre 32 (sables) et 52 (carbonates), ce qui donne un coût de l'unité neutralisante entre 0,03 et 0,05. Leur action est lente.
Coût et rapidité d'action
"Pour choisir un amendement basique, il faut tenir compte du coût de l'unité de valeur neutralisante, rendue racine et non pas à la tonne de produit. Il faut aussi prendre en compte la rapidité d'action et suivant l'urgence du chaulage, on choisira des produits à action rapide ou lente, en fonction du coût de l'unité", déclare C. Boisselier. Par ex-emple, pour remonter le pH d'un point, le besoin est de 3 500 unités de valeur neutralisante, ce qui correspond, par hectare, à :
•1 t. de chaux magnésienne et 6 t de trez
•1,2 t de chaux magnésienne et 4 t de carbonate.
En chaulage d'entretien, la rapidité d'action a peu d'importance.
Pour l'épandage, chaque type de produit suppose un matériel spécifique (pulvérulent, produit brut, produit humide). On évitera, par ailleurs, des apports trop rapprochés de déjections riches en ammoniac (lisiers) et de produits à action rapide, ce qui accentuerait les risques de perte d'azote. On privilégiera les chaulages d'automne à l'inter-culture.
Patrick Bégos
Légende photo : Compte tenu de son coût et de son action lente, le sable calcaire est une bonne solution pour assurer le chaulage d'entretien.