
Le découplage des primes n'a pas eu d'incidence majeure sur l'engraissement » déclare Gérard Doré, membre du bureau de la FNB « Plus de 90% des éleveurs ont choisi de poursuivre l'engraissement de jeunes bovins ». Aujourd'hui, ce ne sont plus les primes qui amènent les producteurs à s'interroger mais bien le prix des céréales. « Au tarif annoncé, beaucoup d'éleveurs se posent la question de la rentabilité de leur atelier de viande bovine. Ils se demandent s'il n'est pas préférable de vendre le maïs à la récolte ».
La réponse à cette question n'est pas la même dans toutes les exploitations. « Il faut prendre en compte les performances de l'atelier d'engraissement d'une part et les marges de la culture de maïs, avec le prix de vente estimé de l'année, d'autre part » déclare Alain Guillaume, chargé d'études en viande bovine à la Chambre d'agriculture régionale « A partir de ces données, on calcule un prix d'intérêt du jeune bovin, c'est-à-dire un prix à partir duquel le bovin est plus intéressant économiquement ».
Analyser ses propres chiffres
Le calcul du prix d'intérêt du kilo de carcasse permet, pour un prix du veau ou du broutard, de fixer le niveau de prix de vente du kilo à partir duquel les deux productions (jeunes bovins et céréales) dégagent la même rentabilité. Ce prix d'intérêt intègre l'ensemble des charges opérationnelles (prix d'achat, charges alimentaires, frais d'élevage). Les charges liées à la culture sont les mêmes que le maïs soit vendu en grain ou consommé par les bovins. La production de jeunes bovins engendre, par contre, des charges de structure spécifiques dont il faut également tenir compte (eau, entretien bâtiment, frais financiers). Le calcul s'effectue hors amortissement. « Les bâtiments d'engraissement sont, heureusement, souvent amortis » déclare Gérard Doré.
En cas de projet de construction ou d'aménagement de bâtiment d'engraissement, les charges financières conséquentes à l'investissement doivent être intégrées au calcul. Si les investissements spécifiques (bâtiments, matériels) ne sont pas totalement amortis, un arrêt de la production entraîne un report des charges financières liées à ces investissements vers d'autres productions existantes.
Les données technico-économiques recueillies par Alain Guillaume, pour un coût d'achat ou de cession du veau ou du broutard, permettent d'établir deux tableaux indiquant le prix seuil de vente du kilo nécessaire pour obtenir une marge des jeunes bovins égale à celle de la culture.
L'étude est réalisée en tenant compte de charges opérationnelles ou de structure spécifiques à la production de jeunes bovins, tirées de moyennes de groupe.
Bernard Laurent
Photo : De gauche à droite: Gérard Doré, éleveur, président de la section viande bovine de la FRSEA et Alain Guillaume, chargé d'études à la Chambre régionale d'agriculture