
Parisienne d'origine bretonne ayant travaillé une dizaine d'années en secrétariat après l'obtention d'un BTS assistante de direction, Isabelle n'avait pas vraiment le profil pour s'installer comme chef d'exploitation. Sa rencontre avec un agriculteur lui ouvre un nouvel horizon, celui de l'élevage. « Je me suis vite rendu compte que le métier m'intéressait. J'ai commencé par m'occuper des veaux mais je ne prenais part à aucune décision ». Son mari est alors en Gaec avec sa mère sur une structure laitière de 400 000 litres avec un atelier d'engraissement de taurillons. En 2005, au départ de sa belle mère en retraite, Isabelle franchit le pas. « Mon objectif était, à terme, de prendre part aux décisions mais je manquais surtout de formation théorique. Je voulais comprendre les choses et pas seulement exécuter des tâches. Mon mari en était conscient et donc favorable à ce que j'entame une formation. L'obtention d'aides à l'installation n'était pas l'objectif de la démarche ».
Une journée par semaine en formation
A raison d'une à deux journées par semaine pendant deux ans au centre de Kerguéhennec, Isabelle a acquis les connaissances pratiques et théoriques nécessaires à l'activité d'éleveur. «Notre propre exploitation sert de base pratique même si nous avons des journées au centre de Kerel où on apprend à manipuler des animaux, à faire des piqûres ou encore à fouiller les vaches. D'une manière générale, la formation nous permet d'appréhender tous les problèmes au niveau du troupeau». Isabelle insiste aussi sur ses acquis en terme de réglementation, de connaissance des différents partenaires agricoles et surtout de la gestion de l'exploitation. «Je sais désormais analyser les marges brutes, l'EBE ou le bilan de l'entreprise et je suis à l'aise pour discuter avec le comptable, ce qui n'était pas du tout le cas auparavant ».
La notion de dynamique de groupe lui paraît également intéressante en formation. « On se prend au jeu, on se motive ensemble. En fait, on relève un petit défi ». Le rythme de formation est, selon elle, bien adapté à des stagiaires qui travaillent ou qui ont des enfants. « Avec trois enfants, je n'aurais pas pu suivre une formation à temps plein de 9 mois. Une à deux journées par semaine avec du travail individuel chez soi était une formule idéale pour moi». Cette formule a, en effet, l'avantage pour les agricultrices de se former sans porter préjudice au travail à réaliser sur leur exploitation et aux salariés qui ont un projet d'installation de se former sur leurs jours de congés.
Des décisions, désormais, prises à deux
L'implication sur l'exploitation s'est faite petit à petit au cours des deux années et actuellement les décisions sont prises ensemble. « Le financement des récents investissements en matériel a, par exemple, été étudié à deux même si le choix technique est plus du ressort de mon mari ».
La formation lui a coûté 300 euros en plus des frais de route. Un seul petit regret, elle n'a pas travaillé sur une autre exploitation en dehors de celle de Kerel. « Les journées de pratique à Kerel sont intéressantes mais j'aurais aimé travailler chez un autre éleveur pour voir un autre mode de fonctionnement ». Pour la prochaine session, dont la rentrée a lieu le 7 septembre, une vingtaine de journées de pratique sont prévues chez un éleveur-tuteur pour permettre aux stagiaires d'acquérir une autre expérience.
Bernard Laurent
Légende photo : Thierry et Isabelle Bucas, leurs enfants et Alexandra Simon, coordinatrice de la formation BP à temps partagé.