
Il faut à tout prix éviter la surprise, lance d’entrée Hervé Moël, le responsable de la section lait FDSEA22. Les éleveurs de bovins doivent estimer leur potentiel de rendements en maïs maintenant et ne pas attendre le mois d’octobre pour combler ce qui manque !". Éleveurs et responsables syndicaux se sont donnés rendez-vous sur l’exploitation d’Éric Le Couster pour faire le point. Ce dernier a déjà fait le tour de ses parcelles. "Aujourd’hui, sur les 27 ha de maïs, le potentiel de rendement est de 7 à 8 tonnes de MS par ha, contre 12 à 13 tonnes pour une année normale". Réunis au milieu du champ de 10 hectares semé le 25 avril, le constat est sans appel. Les plants accusent un retard de pousse qui ne sera pas rattrapé. "Cette année sur cette parcelle, c’est 50 tonnes de MS en moins". Sur son exploitation, c'est 100 tonnes de MS qu'il va manquer. Les 5 ha d’ensilage d’herbe d’habitude réservés aux 25 vaches allaitantes seront partagés avec les laitières.
Une saison calamiteuse
Les secteurs de Bourbriac et Bégard sont particulièrement concernés. Les estimations de rendements sont contrastées selon les terrains, mais partout, ils seront moins bons que les années précédentes. Nul besoin de le rappeler, la météo n’a pas été fameuse. Deux à trois mois de pluie ininterrompue ont peu à peu compromis une saison prometteuse. À Bourbriac, ce sont 500 mm de précipitations qui sont tombés entre mai et juillet, soit presque la moitié des précipitations d’une année normale. Les racines ont été par endroits asphyxiées. Les semis tardifs ont beaucoup souffert. On observe des retards de 2 à 3 semaines sur la croissance de la plante. Principal responsable, le manque de température. La floraison qui démarre généralement vers la fin juillet commence tout juste. La qualité risque aussi d’être affectée. Les plants ne tomberont pas sous le poids des épis cette année. Le peu de grain va entraîner des fourrages peu énergétiques.
Eviter la surenchère
Dans un contexte de sous-production laitière, les éleveurs sont incités à produire davantage. "Nous devons produire plus de lait, ce serait dommage de ne pas pouvoir le faire par manque de fourrage" soulève Hervé Moël. Des solutions ? Il en existe. L’achat de maïs est possible "mais attention à la flambée des prix en période de pénurie et à la surenchère". Les stocks hivernaux ont déjà été attaqués (l’herbe est de moyenne qualité), la demande va prendre de l’ampleur.
"Un couvert végétal après des céréales est une alternative à l’achat de fourrage". Les prévisions de rendements de Ray Gras Italien/Trèfle Violet semés en dérobée se situent entre 2 et 2,5 tonnes de MS par hectare, avec les bonnes conditions climatiques en arrière saison. "Le rendement de la deuxième coupe début mai pourrait atteindre 5 tonnes de MS par ha, estime Éric Pommelec, technicien culture chez Eolys. Attention cependant au semis de RGI pure, dérobée plus exigeante qui pourrait pénaliser les futurs maïs". À noter que les mélanges avoine/choux et colza/pois restent également des cultures intéressantes.
Bertrand Caro
Légende photo : De gauche à droite, Hervé Moël, responsable de la section lait FDSEA22, Jean-Luc Hervé, Yvon Boutin, membre de chambre, Éric Le Couster et Jean-Jacques Pouëzevara, président de la FDSEA22. Pour Hervé Moël, "il faut faire le tour de la parcelle pour éviter les surprises, ne pas estimer du bord de la route".