
Les conditions climatiques du mois de juin et surtout de juillet ont contrecarré les espoirs des agriculteurs vis-à-vis de leur récolte. De nombreuses parcelles étaient mûres fin juin, mais chaque jour apporte un épisode pluvieux, retardant d'autant le bon déroulement de la moisson. Le retard s'accumule, les parcelles sont en surmaturité et la qualité se détériore. Georges Galardon, président de la section céréales de Coopagri et Michel Le Friant, responsable céréales, livrent leurs impressions.
Colza : un tiers de rendement en moins
Avec les incitations liées au développement du marché des biocarburants, les surfaces de colza avaient encore progressé, en Bretagne, en 2007. Pour la seconde année consécutive, la récolte (réalisée à 90 %) est décevante. Le rendement devrait se situer autour de 21 q/ha avec des écarts allant de 5 q à 35 q. On note des écarts importants entre l'Est et l'Ouest de la région, et entre les zones littorales et les parcelles plus protégées à l'intérieur. Au niveau de la coopérative, c'est un tiers de collecte en moins.
Les causes sont multiples. Sous l'action du vent, l'égrenage a provoqué la perte de près de 10 quintaux/ha, voire plus dans certaines exploitations. La fin de cycle a été difficile, en raison de l'humidité. La présence d'alternaria a fragilisé les siliques, soumises à une succession de phases de dessication puis de réhumidification. Certaines parcelles ont subi des attaques d'insectes foreurs, de charançons, ce qui a favorisé des portes d'entrée pour les cécydomies.
Pour cette année, face à ces médiocres rendements, la seule variable d'ajustement reste le prix, avec l'espoir de compléments, en fin de campagne. Si l'année 2007 est une année noire, le colza reste une tête de rotation intéressante. Les écarts de rendement montrent bien que le colza demande de la technicité et un bon suivi des ravageurs et des maladies. Le réserver au mauvaises parcelles de l'exploitation n'est sans doute pas la meilleure solution.
Il est à espérer que les mauvaises conditions climatiques de fin de cycle en 2007 soient un accident de parcours qui ne découragera pas les producteurs pour la nouvelle campagne. Aux yeux des agriculteurs, la rémunération et notamment la marge brute dégagée seront des éléments déterminants dans le développement ou non de cette culture, alors que parallèlement, les marges des céréales progressent.
L'orge : rendement et PS en chute
La collecte est bien avancée (60% en fin de semaine dernière). La zone non récoltée concerne surtout le nord de la Bretagne (du Finistère au nord de l'Ille et Vilaine), avec des terres souvent gorgées d'eau. Les taux d'humidité sont assez hétérogènes, selon les lots, avec une moyenne autour de 16 %. Les poids spécifiques restent faibles (de 58 à 62), voire moins. Beaucoup d'orges étaient mûres dès le 20 juin. Or, elles n'ont été récoltées que 3 à 4 semaines plus tard, d'où une sur-maturité.
Les rendements ont en moyenne, chuté de 10 % par rapport à l'an dernier. Ils se situent autour de 58 à 60 q/ha, avec une perte pouvant aller jusqu'à 10 à 15 q/ha. Dans certaines parcelles, les pailles sont cassées et les épis sont tombés au sol. Les barres de coupe n'ont pas pu reprendre correctement ces épis.
Pour le moment, le paiement se limite à une avance de trésorerie, le prix d'acompte sera connu fin juillet. Peu d'acheteurs s'engagent sur le moyen terme. La prudence prédomine avec des interrogations sur la qualité. Le marché se limite à l'exportation et à des demandes ponctuelles de la part de fabricants d'aliment du bétail en rupture de stock.
Le blé : un démarrage difficile
La récolte de blé ne fait que démarrer. Il est trop tôt pour établir un bilan. Les premiers rendements (Sud et Est Bretagne) semblent inférieurs de l'ordre de 10 % à 2006 et les PS sont décevants (entre 68 et 74). Les conditions humides de mai-juin ont favorisé les attaques de fusariose. Le PMG (poids de mille grains) a chuté. Avec les phases successives de dessication et d'humidification, le remplissage des grains n'a pas été optimal. Certains blés sont à mâturité depuis 3 semaines.
Quel taux d'humidité ? quel PS ? quel rendement ? Il est difficile de prédire actuellement, ce que seront les conditions de récolte. Certains blés commencent à verser. Il y a tellement d'eau dans certaines parcelles que l'on peut s'attendre à de la germination, si les conditions ne s'améliorent pas d'ici 8 à 15 jours.Quant aux rémunérations, les prix d'acompte devraient remplacer les avances de trésorerie, d'ici quelques jours. Les prix dépendront également du déroulement de la campagne dans les zones céréalières. Si ces blés sont de bonne qualité, ils pourront être exportés. Sinon, ils viendront gonfler les volumes disponibles pour l'alimentation animale et les prix s'en ressentiront.
Patrick Bégos
Photo : Georges Galardon, président de la section céréales de Coopagri : "Les céréales avaient un potentiel prometteur, qui a été contrarié par une fin de cycle très perturbée".