
Dans le Finistère, on compte 9 à 10 000 brebis. La production ovine locale ne couvre que 8 à 10 % des besoins annuels. L'une des particularités du département c'est le développement de la vente en circuit court. Plus de la moitié de la production finistérienne est ainsi commercialisée en circuit court, par une dizaine d'éleveurs.
Ventes en boucheries
La vente en circuit court se différencie de la vente directe aux particuliers. Les éleveurs vendent à des bouchers, des supermarchés, voire des grossistes. Deux producteurs, Thierry Machard de Lopérec et Patrick Neumann de Brasparts, témoignent de leur démarche. L'un et l'autre se sont installés avec des troupeaux de 400 brebis, principalement en race Suffolk, choisie pour ses qualités maternelles et sa facilité d'élevage. Pour nourrir leur cheptel, ils disposent l'un et l'autre d'une soixantaine d'hectares d'herbe et de 130 ha de landes des Monts d'Arrée.
Etaler la production
Pour faire face à la demande, la production (1 seul agnelage par an) doit être étalée sur l'année. "L'agnelage principal a lieu en mars-avril. Des petits lots peuvent ensuite agneler, en dehors de cette période. La conduite, essentiellement à l'herbe, est extensive avec un sevrage tardif. En fin de saison, quand la quantité et la qualité de l'herbe diminuent, les agneaux sont finis en bergerie", déclarent les deux éleveurs.
La vente en circuit court nécessite la présence d'un abattoir. Les éleveurs utilisent l'abattoir intercommunal du Faou. Il est exploité, en délégation de service public par Lucien Corre et ses deux fils (7 employés). "C'est un abattoir polyvalent (bovin, porc, ovin) au service de clients que sont les éleveurs, les particuliers, les bouchers, les grandes surfaces. Notre démarche est différente d'un abattoir industriel. Nous travaillons en prestations de services", déclare Frédéric Corre.
7 000 agneaux/an
Plus de 7 000 agneaux et brebis (éleveurs et particuliers) ont été abattus au Faou en 2006, soit 2 000 de plus qu'en 2002. La fréquentation reste liée à la saison. "Nous abattons en moyenne 200 agneaux/semaine en été contre une cinquantaine/semaine l'hiver. Les ovins, c'est important pour nous. Même si cela ne représente que 8,5 % de nos tonnages, c'est un tiers du nombre de têtes abattues", ajoute F. Corre.
Eleveurs, bouchers et supermarchés travaillent en partenariat gagnant–gagnant. L'éleveur valorise ses agneaux auprès d'un boucher qui connaît bien son élevage. Le boucher trouve, à l'abattoir, une palette complète de viande : bovin, porc, agneau, avec sans doute plus de souplesse que dans un abattoir industriel. "L'abattoir est ici un maillon essentiel de notre filière courte. C'est une structure locale vivante qui permet de maintenir la valeur ajoutée dans le département", confie T. Machard.
Des contraintes
La vente en circuit court n'est pas un métier de tout repos. Il faut approvisionner les boucheries et supermarchés durant l'année, en évitant toute rupture. "Chacun gère ses principaux débouchés, mais nous sommes en contact permanent entre collègues éleveurs dans une sorte de bourse d'échanges, pour nous dépanner en cas de manque", souligne P. Neumann.
Le type d'agneau demandé correspond à des carcasses de 17 à 23 kg, de conformation U,R, peu grasses. Le prix, plus stable, est fixé pour l'année, dans le cadre d'une relation de confiance entre boucher et éleveur.
Pas droit à l'erreur
Cela ne s'improvise pas, car c'est souvent un surcroît de travail. L'éleveur trie lui-même ses agneaux, en fonction du débouché et les transporte à l'abattoir. Il doit être capable de parler qualité avec ses partenaires. "Nous n'avons pas droit à l'erreur. Si on livre des agneaux mal conformés ou trop gras, dès les jours qui suivent, le boucher nous appelle. Il faut réagir immédiatement, mais cela nous permet aussi de progresser".
Au-delà de l'indépendance qu'ils revendiquent, les éleveurs ont aussi des satisfactions comme celle de suivre leur produit jusqu'au bout et de participer au maintien de la qualité des espaces naturels (les monts d'Arrée) dont ils sont les utilisateurs. Le slogan "agneaux des Monts d'Arrée" figure d'ailleurs en bonne place, sur l'étal des bouchers.
"Avant de démarrer la vente en circuit court, il faut bien maîtriser la production", insistent les deux éleveurs. Il est souhaitable de bénéficier d'une bonne expérience préalable d'éleveur. Cette démarche exigeante répond bien aux souhaits de quelques éleveurs, en dégageant une valeur ajoutée sur un produit bien typé et bien suivi.
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite : Raymond Barré, conseiller bovin-ovin à la Chambre d'Agriculture 29, Frédéric Corre de l'abattoir du Faou, Thierry Machard, éleveur à Lopérec.