
Tension des grands jours, samedi dernier, à la sous-préfecture de Brest. À l'occasion de sa venue au congrès national des Maisons familiales, Michel Barnier, ministre de l'Agriculture, a reçu une délégation agricole bretonne. Une rencontre centrée sur le contentieux bassins versants, ce dossier épineux qui agite l'agriculture bretonne depuis février et sur lequel l'étau se resserre avec la perspective d'application de mesures jugées "inacceptables" par la profession.
"Qu'est-ce qui ne fonctionne pas ?"
Samedi, les représentants agricoles bretons ont rappelé au ministre que "beaucoup de chemin" a été parcouru. À ce titre, François Plougastel, président de la section laitière de la FDSEA 29 et agriculteur sur un des deux bassins finistériens en contentieux, évoque "le plan de gestion de l'eau qui devait conduire à la conformité en 2012, avec un rapport d'étape en 2007". Il ajoute : "Pour le bassin de l'Aber Wrach, l'objectif était de 50 mg de nitrates. Nous sommes à 48 mg/l. Peut-on me dire ce qui ne fonctionne pas ?".
"Venu pour écouter", comme il le dit, le ministre a reconnu que "beaucoup d'efforts ont été faits par les agriculteurs". Et d'insister : "Il faut le dire, parce que c'est la vérité. Ce que je souhaite à présent, c'est que l'on aille au bout de ces efforts".
Des efforts, les agriculteurs sont prêts à en faire, à condition que ce soit "gagnant-gagnant". Mais pas question de se soumettre à des règles économiquement inapplicables, comme l'a expliqué Nicolas Cadiou, jeune agriculteur de 24 ans, qui a dit au ministre qu'il ne signera pas la MAE (mesure agro-environnementale) en l'état (NDLR : dans le projet actuel les MAE devront être signées par 95 % des agriculteurs des bassins versants en contentieux sous peine de devenir obligatoire à l'ensemble).
Pour l'heure, c'est à une phase d'écoute que se prête le ministre de l'Agriculture. "Une écoute attentive", comme le ressent Jacques Jaouen, président de la Chambre régionale d'agriculture, mobilisé sur dossier qu'il qualifie de "capital pour l'économie de la région". Il poursuit : "La rencontre de samedi doit se prolonger par une visite du ministre dans une exploitation agricole directement concernée par le programme d'action actuellement en projet. Ce que demande la profession, c'est, entre autres, une gestion bassin versant par bassin versant et exploitation par exploitation".
Les discussions se poursuivent
La rencontre de samedi, à Brest, n'était en fait qu'une étape jalonnant les longues tractations qui ont démarré il y a plusieurs mois et qui se sont poursuivies toute la semaine.
Hier, jeudi 12 juillet, une délégation bretonne a rencontré le directeur de cabinet du ministre. Aujourd'hui, vendredi 13, une réunion technique des directeurs de cabinet a lieu à Bruxelles. Objectif affiché du ministre qui n'en reste pas moins déterminé : "Rétablir un climat de confiance avec la communauté européenne sur ce dossier".
Ces négociations sont doublées d'une réflexion française sur les mesures complémentaires d'accompagnement humain, financier et technique qui pourraient voir le jour en complément d'un plan d'action que le monde agricole espère revu en profondeur.
Bref, les discussions se poursuivent à tous niveaux. Avec cette question centrale qui taraude toutes les instances agricoles : la trajectoire du plan d'action, concocté dans la plus grande précipitation, sera-t-elle réellement revue ? C'est en tout cas l'espoir des agriculteurs des bassins versants qui attendent des mesures plus adaptées aux réalités économiques. "Nous demandons une remise à plat du programme d'action qui a été élaboré sans nous consulter. Nous, agriculteurs, refusons cette marche forcée", conclut F. Plougastel.
Didier Le Du
Photo : Michel Barnier, ministre de l'Agriculture, accompagné de Christian Frémont, directeur de cabinet du ministre de l'environnement, Jean-Louis Borloo, reconnaît que "beaucoup d'efforts ont été faits par le passé. Ce que je souhaite, c'est qu'on aille au bout de ces efforts".