
Ce sera sans doute le gros dossier de sa deuxième mandature. Jacques Jaouen le sait. Le programme d'action lié à l'affaire des bassins versants dits en contentieux peut radicalement changer le paysage agricole, des bassins versants de l'Horn et de l'Aber Wrac'h d'abord, de l'ensemble du territoire finistérien ensuite.
"Aucune justification scientifique"
Aujourd'hui, la Chambre d'agriculture dénonce le projet d'arrêté préfectoral et son cortège de mesures restrictives, sorti le 28 juin dernier. "Les mesures sont inacceptables", s'élève le président, regrettant que le programme d'action "établi sans concertation avec la profession" ne repose "sur aucune justification scientifique".
Rappelons que ce plan d'action consistera, entre autres, à appliquer une norme de 140 unités d'azote par hectare – voire une réduction de cheptel – sur 400 exploitations que comptent les deux bassins versants de l'Horn et de l'Aber Wrac'h. "Qu'on arrête de changer les règles avant même d'avoir récolté les fruits du travail engagé par les agriculteurs au niveau de la mise aux normes de leur exploitation, de la gestion agronomique de leurs cultures".
À ce jour, les nouvelles mesures agro-environnementales sont présentées, par l'administration, comme faisant partie d'un dispositif volontaire. Mais il est quasi admis que les mesures de limitation des apports d'azote seront rendues obligatoires dès la fin 2007 si la quasi-totalité des agriculteurs n'acceptait pas de contractualiser avec l'État. Sachant toutefois qu'à l'ensemble des mesures prévues dans "le programme d'action volontaire" seraient attachées des compensations financières (aides à la réduction de fertilisation, aides pour le traitement et le transfert d'effluents, aide volontaire à la réduction volontaire de l'activité laitière, à la réduction de cheptel).
Demande de diagnostic individuel
"Face à de telles perspectives, des agriculteurs sont dans le désarroi le plus total", témoigne pour sa part J. Jaouen, assurant que, "dans ces conditions, il est bien évident que nous refuserons d'accompagner l'administration dans une voie sans issue et sans alternative possible".
Bien que la Chambre n'entende pas aller sur le terrain justifier le train de mesures, elle demande que chaque agriculteur "bénéficie d'un diagnostic et reçoive une réponse claire quant à son objectif économique avant de s'engager dans un programme d'action", explique André Sergent, responsable de la Commission environnement. "Par ailleurs il est indispensable que des mesures sociales puissent être envisagées en complément".
Reste que, de son côté, l'organisme consulaire doit travailler à des alternatives techniques susceptibles, le cas échéant, d'apporter des solutions capables de maintenir la rentabilité des outils agricoles.
Didier Le Du
Photo : Lors d'une conférence de presse, Jean-Michel Le Breton, Jacques Jaouen et André Sergent ont dénoncé un projet de programme d'action établi sans concertation avec la profession.