
BTS technologie végétale en poche, Solenn Bécel avait depuis quelques mois la volonté de s'installer, mais pas de point de chute. De son côté Guy Lesné, producteur de veaux laitiers sur Plédéliac à l'est de Lamballe, converti à l'agriculture biologique depuis 1994, connaissant le dispositif "parrainage bio", a voulu encourager une installation. "Je dispose de 30 ha de terre, dont une vingtaine pour la production d'herbe et 10 ha situées à 1 km du siège d'exploitation destinés à des cultures de vente également en bio".
Installation sur 1 ha 50
Prêt à céder une partie de son exploitation pour favoriser une installation, il s'est tourné vers le Gab pour le mettre en relation avec un ou plusieurs jeunes intéressés. "J'avais des exigences. Je voulais quelqu'un de sérieux, motivé avec un projet déjà mûri".Après avoir effectué son stage de 6 mois sur une exploitation maraîchère bio de la région briochine, Solenn, salariée sur cette même exploitation, attendait de trouver l'opportunité pour s'installer. Mise en contact avec Guy Lesné, le courant a vite passé. Celui-ci a donc cédé en location 1 ha 50 de terre sur lesquels, elle a implanté 4 serres pour une surface totale de 1860 m2. "La solidarité de la filière à jouée pour le montage des tunnels". Plusieurs producteurs sont venus l'aider.
Comme pour de nombreuses installations, surtout lorsqu'elles ne sont pas dans le secteur conventionnel, il a fallu trouver un partenaire financier. "Malgré un dossier bien étayé et motivé, en relation avec les services de la Chambre d'agriculture de Dinan, cela n'a pas été évident". L'investissement global s'élève à 60 000 euros (serres + matériels spécifiques à la production légumière). En sachant que dans le cadre du parrainage, Guy Lesné met à sa disposition son matériel. "Et le chauffeur de temps en temps", plaisante-il. Finalement une banque (CMB) a accepté de la suivre dans son projet. L’agrément du dossier par la commission d’orientation agricole (CDOA) lui a aussi permis d’obtenir la DJA.
Filière courte
Certes le démarrage n'est pas évident. Seule sur l'exploitation, bénéficiant d'un coup de main familial et de l'appui d'une stagiaire, après l'implantation de l'outil, il a fallu gérer la mise en place de l'ensemble des légumes. Une trentaine de produits différents sous serres ou en plein champ : melons, tomates, aubergines, poivrons, concombres, haricots, pommes de terre, radis, laitues, potirons, endives, ail, oignons, échalotes, choux, etc.
Cette gamme étendue nécessite beaucoup de travail et de maîtrise. "Les journées sont souvent à rallonge. Les conditions climatiques de l'année pas idéales", commente la jeune installée sans se lamenter. Elle savait qu'au départ il faudrait s'investir beaucoup. "Volontaire et dynamique, elle croit en son projet", insiste son parrain qui reconnaît ne pas pouvoir lui apporter sur le plan "technique de maraîchage" mais l'encourage et lui donne un coup de main de temps en temps.
La diversité de la production est également une obligation aussi pour pouvoir être présente sur les marchés avec une gamme suffisamment large pour satisfaire la clientèle, et ce quelle que soit la saison. Pour le moment elle a fait le choix des marchés, à St Brieuc les mercredi et samedi, et la vente directe de l'exploitation le vendredi soir de 16 heures à 19 heures. "L'objectif est d'élargir les modes de commercialisation". Dans les prochains mois en fonction des opportunités, elle n'exclut pas de tester d'autres formes qui se développent : le panier de légumes de saison livré ou à prendre à la ferme, le panier avec plusieurs produits …
Quant à Guy Lesné, il continue son activité. "J’éspère dans quelques années, lorsque viendra l’heure de la retraite, pouvoir encore installer quelqu’un d’autre !"
Pierre Dénès