
Après l'annonce de la transmission par Bruxelles du dossier à la Cour de justice, il ne faisait guère de doute que le dossier des Bassins versants contentieux allait occuper une part non négligeable du débat politique de la session de la Chambre d'agriculture jeudi 28 juin à Plérin. La présence du Préfet, représentant de l’État à cette session, donnait d'ailleurs l'occasion au président Olivier Allain de faire une mise au point sur la méthode. "Un dossier selon lui mené à la hussarde, sans réelle concertation professionnelle, qui place désormais les 1300 agriculteurs concernés sur le département dans une situation très délicate".
Les différentes MAE (mesures agro environnementales) que l'Etat veut imposer, ainsi que les aides à la réduction de cheptel sont jugées où inadaptées, où inacceptables. Olivier Allain regrette que "les propositions très sérieuses et très exigeantes de la profession soient ignorées par l'administration". Ces propositions visent notamment à adapter la mesure de limitation des apports à 140 unités d'azote total (organique + minéral) en y intégrant la notion d'azote organique valorisable par l'application de coefficients en fonction des déjections utilisées.
"Nous avons l'impression d'avoir été baladés par les pouvoirs publics", poursuit le président. "Une pseudo-concertation, pour au final ne tenir aucun compte des avis professionnels". De nouveau il a plaidé pour une agriculture intensive et écologiquement responsable. Rappelant le poids de l'agriculture et de l'agro-alimentaire dans l'économie départementale. "Toutes ces mesures risquent d'affaiblir toute l'économie régionale".
Des voix discordantes
La délibération proposée au vote qui reprenait notamment la position costarmoricaine portée au niveau régional, préconisant le renforcement de l'approche agronomique, le plafonnement global des apports sous forme d'azote valorisable … a été adoptée à l'unanimité.
Toutefois, la position des différents syndicats est très nuancée. Ainsi la Confédération Paysanne, par la voix de Thierry Thomas, tout en se disant en accord sur le constat, considère "que tous les agriculteurs ne portent pas tous le même niveau de responsabilité en matière de pollution par les nitrates". Il met en parallèle "ceux qui appliquent les 170 unités d'azote organique, respectent leur plan d'épandage, limitent les intrants, n'ont pas couru à la chasse aux hectares…, avec ceux qui ont fait le choix de développer de façon importante leurs ateliers, et de faire la course aux rendements". Selon lui "on atteint le point de rupture entre les agriculteurs". Et souligne en outre "qu'au sein de la filière, seuls les agriculteurs supportent cette pression ingrate".
Refusant le seul crédo "du maintien du potentiel à tout prix", la Confédération Paysanne est favorable à réduire les volumes de production avec un lien au sol. "Les aides ne doivent cependant pas accélérer le départ mais au contraire donner des moyens pour rester en place".
De son côté la Coordination Rurale (Martine Mell) s'insurge contre les mesures drastiques annoncées et sur les conséquences pour les éleveurs. Elle s'interroge sur l'avenir d'un secteur économique qui va voir fondre son potentiel de production. Refusant ce qu'elle appelle "un plan de déménagement de l'agriculture bretonne".
Le secteur économique s'est senti agressé par les propos de la Confédération. Patrick Fairier, le président de la Fédération des coopératives, a rejeté la responsabilité du dossier sur "la collusion entre certains agriculteurs et des associations environnementalistes". Regrettant aussi "le manque de solidarité professionnelle au niveau régional".
La discussion semble close
Le mot de la fin revenant au Préfet, Philippe Rey, il a reconnu qu'il s'agissait d'une période délicate. Réfutant les donneurs de leçons, il souligne que la responsabilité est plurielle. "Nous devons gérer une situation dans laquelle personne n'a réellement intérêt à demeurer longtemps". Il a ainsi annoncé que sur ces bassins versants, les mesures (MAE) pour le moment basées sur le volontariat risquaient de devenir rapidement (début 2008) obligatoires. D'ailleurs un projet d'arrêté préfectoral devrait être adressé pour avis à la Chambre dans les prochains jours.
De toute évidence l'heure n'est plus trop à la discussion mais à l'action. Reste à savoir comment le terrain va répondre aux injonctions : se plier aux règles s'ils le peuvent techniquement et économiquement ou profiter des aides pour réduire la voilure voire plus radicalement abandonner sous le poids des contraintes.
Pierre Dénès
Photo : De gauche à droite : Georges Cartron, DDAF, Philippe Rey, Préfet, et Olivier Allain, président de la Chambre d'agriculture.