
Créée en 1968, de par la volonté syndicale (FDSEA/JA) de disposer d'un outil d'accompagnement pour la mise en œuvre de la politique des structures, l'Adasea, (association pour l'aménagement des structures et des exploitations agricoles) disparaît. Il y a quelques jours le tribunal de St Brieuc a décidé la liquidation, entraînant le licenciement de l'ensemble des salariés, 11 au total, fin juin. Politiquement, mais plus encore socialement, l'épreuve est difficile.
Un outil d'orientation
Adossée au syndicalisme majoritaire, sa création avait été rendue possible par les dispositions contenues dans les lois d'orientation agricoles des années 1960/1962. L'Adasea costarmoricaine, reconnue pour son dynamisme, accompagne à partir des années 1970, la mutation de l'agriculture. La mythique IVD (indemnité viagère de départ) qui permettait aux plus anciens de partir dignement tout en installant des jeunes ou en confortant ceux qui en avaient le plus besoin devient rapidement un outil exceptionnel.
Interface entre la profession et l'administration comme organisme instructeur des dossiers, très présente sur le terrain au travers de permanences hebdomadaires et des multiples réunions organisées à destination des agriculteurs, le plus souvent le soir, l'Adasea s’avère être un élément incontournable de la mise en œuvre cette politique des structures voulue par la profession. Les responsables y croient, s'impliquent et agissent. Le département est alors cité en référence dans ce domaine tant au niveau du renouvellement des générations que de la répartition du foncier. Parfois raillée pour ces méthodes jugées, surtout ailleurs, comme autoritaires, elle relève avec brio ce que l'on a appelé longtemps le challenge du nombre pour maintenir une agriculture nombreuse.
Un peu plus tard, par son action tout aussi dynamique, elle est de nouveau dans les années 1976 à 1990 une locomotive pour l'installation et la modernisation en utilisant au mieux les dispositifs de la Dotation des Jeunes agriculteurs (DJA) et des plans de développement, puis des PAME. De même, passé le choc de l'annonce des quotas, au travers des vagues successives des préretraites laitières, elle jouera un rôle essentiel pour assurer une restructuration maîtrisée de la production et maintenir une certaine équité dans la répartition des droits à produire.
Elle a par ailleurs su se mettre au service des secteurs les plus défavorisés du département en y initiant de multiples opérations groupées d'aménagement foncier (OGAF). Puis se diversifier en développant des actions au service des territoires en relation avec certaines collectivités territoriales sur le devenir des exploitations.
Le Couac des CTE
Ces dernières années sont plus délicates à gérer. La baisse des installations (moins de 150 contre 350 à 450 pour les meilleures années) alors que les autres actions sont également en perte de vitesse, fait que l'accompagnement financier de la structure nationale (Cnasea), directement lié à l'activité, n'a cessé de décroître. Elle tente de se diversifier sur le marché concurrentiel (cartographie et études) mais devient rapidement exposée.
Nouveau coup dur avec les CTE (contrats territoriaux d'exploitations), puisqu'après avoir dégagé des moyens pour leur mise en place le dispositif a été brusquement stoppé par un changement de majorité politique. Il faudra attendre plusieurs mois pour voire naître un nouveau projet, les CAD, beaucoup moins ambitieux et qui ne séduira pas.
Rassurer
Un ensemble d'éléments qui conduira à une dégradation de la situation financière aboutissant à cette liquidation. Si quelques décisions ont sans doute tardé, une grande part de la responsabilité revient au désengagement de l'Etat. "Pour preuve, expliquent les responsables professionnels, presque toutes les Adasea de France doivent faire face à de grandes difficultés".
Plus d'Adasea !, légitimement les agriculteurs qui ont des dossiers en cours s'interrogent. FDSEA/JA et Chambre d'agriculture se veulent rassurant. "Il n'y a aura pas de rupture dans l'instruction des dossiers, qu'il s'agisse des dossiers d'installation ou de pré-retraite. Nous travaillons en partenariat avec la DDAF. Par contre il est trop tôt pour déterminer comment la mission sera pérennisée dans le temps". La réflexion va se poursuivre dans les prochaines semaines, pour une décision attendue à la fin de l'été. Quoi qu'il en soit, c'est l'un des outils essentiels de la politique des structures de ces 40 dernières années qui disparaît. Une disparition qui ne peut laisser indifférent ceux qui pendant des décennies ont œuvré avec succès pour cette politique.
Pierre Dénès
Légende photo : De gauche à droite : Jean-Michel Marsoin, président de l'Adasea jusqu'à la liquidation, Olivier Allain, président de la Chambre d'agriculture, Jean-Pierre Clément, secrétaire général de la FDSEA.