
L'autonomie de la Bretagne n'est que de 5% actuellement et devra atteindre 30% dans un proche avenir » déclare Gilles Petitjean. Pour cela il faudra économiser, adapter les systèmes de production, changer nos modes de consommation et produire des énergies renouvelables pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. L'agriculture peut y contribuer et devra, selon lui, consacrer une surface conséquente à la production de bioénergies et de biomatériaux.
Changer les comportements individuels et collectifs
« La cohérence énergétique conduira a un changement des comportements. L'alimentation n'y échappera pas ». En 2040, neuf milliards d'êtres humains peupleront la terre. «Pour nourrir un homme avec des végétaux, il faut l'équivalent d'une unité de surface agricole. Avec des viandes blanches, il en faut 5 et avec des viandes rouges, il faut 9 unités ». La consommation de viandes pourrait donc devenir un luxe. Les bioénergies, les productions animales, les périmètres de protection des eaux et l'urbanisme entreront en concurrence sur une surface non extensible.
« Des économies sont possibles. La variabilité est de 1 à 4 en terme de consommation énergétique pour des exploitations similaires ». Il faudra, selon lui, multiplier les petits équipements de récupération de chaleur pour réaliser les économies recherchées au niveau de l'exploitation. L'agriculture bretonne est « énergivore ». Elle consomme 7% de l'énergie totale consommée dans la région contre 2% dans les autres régions françaises. En terme de système de production, il met en doute la pérennité des productions sous serres trop consommatrices d'énergie et dénonce certaines manières de produire « Le cas de l'élevage des veaux est éloquent. Le lait est refroidi dès la fin de la traite, transporté en camion réfrigéré, transformé en poudre. Celle-ci est ramenée vers les élevages, reconstituée et réchauffée avant de le donner aux veaux ». Il fustige également un système, gourmand en énergie, qui oblige à l'abattement de l'azote organique et à son remplacement par de l'azote minéral importé.
Le secteur agricole, comme l'ensemble des autres secteurs d'activité, devra donc s'investir fortement dans les prochaines années pour relever ce nouveau défi de l'énergie et du climat. « Il faut innover en matière énergétique pour créer de l'activité sur le territoire ». Il met en garde contre un éventuel manque d'implication. « Il ne faut pas recommencer avec les biomatériaux les erreurs qui ont été faites dans l'éolien par exemple. Les Bretons ne se sont pas impliqués. Aujourd'hui, la seule valeur ajoutée de l'installation d'une éolienne pour la région, c'est le socle en béton. Tout le reste est importé ». L'éolien représente 80000 emplois au Danemark, pays seulement deux fois plus peuplé que la Bretagne.
Bernard Laurent
Légende photo : Gilles Petitjean, délégué régional de l'Ademe.