
Le revenu, c'est la combinaison des produits et des charges. Cela, tout le monde le sait. Mais à force de travailler sur la réduction des charges, l'élevage laitier a un peu oublié les produits. D'où cette prochaine campagne de vulgarisation qui consistera à rappeler aux éleveurs qu'un bon revenu est aussi lié à un bon produit. À savoir, beaucoup de marchandise vendue à un prix élevé.
Elle joue sur deux tableaux
La Normande fait partie des races qui se défendent bien sur les produits, comme l'a montré Anne Bras, du pôle herbivore des Chambres d'agriculture de Bretagne, lors de l'assemblée générale de Normande Pen ar Bed, mardi dernier à Sainte-Sève.
"Si l'on compare la Normande à la Prim'Holstein, le produit total est plus élevé de 61euro/1 000 l", a-t-elle expliqué, en s'appuyant sur des moyennes du bureau d'études CER-CA 29 (2005-2006). Elle ajoute : "Reste que ce produit total supérieur est partiellement consommé par des charges plus importantes". L'explication ? "Les infrastructures sont en général aussi conséquentes qu'en Prim'Holstein, mais les quotas sont plus faibles. Ce qui revient à répartir les charges sur moins de volume". Sans oublier que la productivité de la vache à lunettes est en règle générale inférieure à la moyenne laitière observée dans les exploitations spécialisées finistériennes (6 023 litres contre 6 761 litres). Ce qui n'est pas forcément un handicap : l'éleveur se rattrapant en partie par la valorisation bouchère d'un plus grand nombre d'animaux.Le prix des produits explique en partie l'avantage de la Normande. Le premier bonus provient du lait mieux valorisé grâce à des taux plus élevés (+ 1,3 point de TP et + 1,4 point de TB). Cela se traduit par un supplément de 13euro/1 000 l.
La Normande fait également fructifier les produits grâce à sa mixité qui la conduit à avoir des réformes plus lourdes au crochet et vendues plus cher au kg de viande. Ainsi une enquête réalisée auprès des adhérents du syndicat de race révèle des poids de carcasse moyens bien au-delà de 400 kg (441 kg à 3 ans ; 424 kg à 4 ans ; 452 kg à 5,5 ans, etc.), pour des prix de vente qui vont de 2,60euro/kg à 2,90euro/kg.Cet avantage carcasse se traduit par un produit viande supérieur de 108 euro/UGB pour les élevages spécialisés en Normande comparativement aux autres structures spécialisées en lait (chiffres CER-CA29 2004/2005 sur un échantillon de 60 élevages Normand). Cet avantage se retrouve également sur le prix des génisses de boucherie (+94 euro/UGB) et sur le prix des génisses d'élevage (+ 69 euro/UGB).
1,04 veau par an
La mixité de la race permet aussi une meilleure valorisation des veaux de 8 jours. Non seulement la Normande fait son veau par vache et par an (1,04), mais il a plus de valeur marchande. "Pour l'instant, la Normande est plus fertile. Mais attention a ne pas dégrader cet indice au profit de la sélection sur la production laitière. Il ne faudrait pas que la Normande devienne de la Holstein marron", prévient A. Bras quimet en avant la plus-value veau de la Normande : + 44euro/UGB. "Et contrairement à une idée reçue, le vêlage en Normande est peu différent des autres laitières (31,6 mois contre 30,4 mois)".
Didier Le Du
Légende photo : Les analyses de groupe montrent un avantage pour la race Normande sur le poste des produits.
(Sur la photo : vaches de l'élevage Mer, à Sainte-Sève).