
L'acceptation du chevauchement est la signature d'une chaleur franche. "Et fertile", ajoute Catherine Dishenhaus, professeur à l'UMR Inra agro-Campus de Rennes, rappelant que toutes les études montrent que les chaleurs avec chevauchement sont celles qui s'accompagnent de la meilleure fertilité : environ 20 % de réussite en plus".
Le problème de la détection
Avec un taux de chevauchement au champ de près de 100 % en Normande et de près de 90 % en Holstein, les chaleurs exprimées au pâturage semblent donc les plus prometteuses au regard des chaleurs en stabulation où les chevauchements ne concernent que 60 % des vaches (ce qui à l'inverse signifie que 4 vaches sur 10 n'en n'expriment pas).
Certes, ça lutine dans les verts pâturages. Mais encore faut-il le voir. Et c'est bien là le problème puisque que l'intensité du chevauchement est plus forte avant 7 h du matin et après 21 h le soir. À des heures où l'éleveur n'est pas forcément dans le champ... D'où aussi cette idée souvent répandue : les vaches ne viennent pas bien en chaleur au pâturage. "Inexact", dit donc ce chercheur qui préconise l'emploi des détecteurs au pâturage : "Des détecteurs rouges car ça se voit de loin". Seul inconvénient du système : le collage sur le dos de la vache n'est pas toujours des plus pratiques.
Dans des conditions de bonne détection, la fertilité au pâturage ne rougit pas des performances atteintes en stabulation. "À l'échelle du troupeau et à production équivalente, toutes les études montrent que la fertilité est similaire au pâturage et en bâtiment. Parfois, elle est même meilleure".
Le cas de la forte laitière
L'impression d'une moins bonne réussite est surtout liée à un certain nombre de vaches qui ont perdu de l'état et que l'on ne retape évidemment pas en les mettant à l'herbe. "Ces troubles de reproduction concernent notamment les fortes laitières en début de lactation qui, lorsqu'elles sont mises à l'herbe jeune, produisent beaucoup et continuent de maigrir".
Sachant que production laitière et reproduction sont inévitablement en concurrence, "l'éleveur a donc intérêt à attendre car la fertilité dans ces conditions n'est vraiment pas bonne", poursuit C. Disenhaus. "Par exemple, en retardant volontairement (jusqu'à 90 jours) la mise à la reproduction des vaches dont le pic de lactation supérieur à 40 kg est survenu à l'herbe". Elle ajoute : "En vêlages groupés, la gestion étant collective, le groupage sera donc difficile à envisager avec des fortes laitières".
La station de l'Inra du Pin (Orne) a par ailleurs montré que la distribution de concentré énergétique n'améliore pas les résultats de reproduction. "Car les vaches font encore plus de lait". Il y a tout de même une exception pour les plus fortes laitières qui sont à la fois mises sur l'herbe très jeune et en tout début de lactation : "La fertilité sera meilleure un mois plus tard si on leur distribue un supplément de concentré au moment de la mise à l'herbe".
Didier Le Du