
Entre la libération totale -que l'on suppose - avec le robot ou la version allégée avec la monotraite, il y a des voies médianes pour soulager la contrainte biquotidienne que représente la traite. L'arrêt de la traite le dimanche soir fait partie de ces souplesses que l'éleveur peut s'accorder.
Certes les perfectionnistes et méticuleux seront peu enclins à faire la trêve de la salle de traite du dimanche soir. Les plus prudents ne s'accorderont peut-être cette faveur que durant les mois d'été quand les vaches auront le pis moins gonflé et que les barbecues sont chauffés à rouge du midi au soir… Un éleveur présent à la porte ouverte de la ferme expérimentale de Derval (44) l'accordait, jeudi dernier : "La première fois que j'ai sauté une traite le dimanche soir, c'était un week-end de fête familiale. Je me suis dit : il n'y a pas que les vaches ; il y a moi aussi".
1 à 3 % de lait en moins
Cette suppression de la traite du dimanche soir fait partie des expérimentations conduites à la ferme expérimentale de Derval en Loire-Atlantique. "La perte de production varie de 1 à 3 % quand on supprime une traite", indique Pierre Billon, de l'Institut de l'élevage, précisant que "ces résultats ont été observés sur un troupeau entre 9 300 kg et 9 500 kg. À 10 000 kg, c'est également envisageable". Ce spécialiste fait encore remarquer que la suppression de la traite "entraîne une augmentation de 1 point du TB et qu'il n'y a pas d'effet significatif sur le TP". Le seul bémol cité par ce chercheur concerne le niveau cellulaire du troupeau. "Si on se situe à 200-220 000 cellules, cette pratique n'est pas recommandée. L'idéal est d'être à moins de 150 000 cellules".Reste que les bienfaits de la suppression d'une traite par semaine sont vite oubliés si les 13 autres traites de la semaine sont jugées trop contraignantes par l'éleveur, parce que trop longues ou trop pénibles.
Parfois, ce n'est pas tant le temps de traite, mais les horaires qui agacent. "Rappelez que si vous êtes malléable, la vache l'est au moins autant que vous", rappellent les spécialistes de la traite. "Jusqu'à 16 heures entre deux traites, il n'y a pas de perte de production puisque la fabrication de lait dans la mamelle est linéaire de la dernière traite à la 16e heure". Ce qui signifie qu'il est possible de commencer la traite du matin à 8 h et celle du soir à 16 h. "Ces horaires permettent par exemple aux jeunes parents d'être avec leurs enfants le matin ou le soir".
Vite fait, bien fait
L'adaptation des horaires n'empêche pas non plus l'efficacité. "Il s'agit, par ex-emple, d'adapter une technique de traite plus rapide". La simplification de la préparation fait partie de ces solutions qui contribuent à gagner du temps. À titre d'exemple, passer des lavettes au pré-trempage (ou pré-moussage) permet de gagner de 8 à 10 mn par traite pour un troupeau de 40 VL traites en 2 X 4 ; gain de temps auquel il convient d'ajouter le temps d'entretien des lavettes. "Il faut toutefois que, quelle que soit la technique, celle-ci reste adaptée à l'état de propreté des trayons. En l'occurrence, l'état de propreté du logement joue sur ce critère".
Dans le même registre, des aménagements de la salle de traite peuvent être réalisés pour limiter les déplacements et les positions d'inconfort (chariots mobiles sur roues ou rail, bidons et robinets à hauteur, produits de traitement à portée de main, etc.).
Didier Le Du