
Après la pondeuse, le veau de boucherie, le poulet de chair aura bientôt sa directive. Un premier rapport européen avait été publié en 2000 puis un projet de directive en 2005. "Le premier projet s'inspirait beaucoup de la réglementation suédoise, notamment par l'introduction du contrôle des pododermatites qui sont des lésions sous les pattes de poulets", explique Sylvie Conan, conseillère avicole à la Chambre d'Agriculture 22. Les élevages suédois sont peu concernés par les pododermatites car ils travaillent sur sol bétonné et utilisent des litières de copeaux.
Le projet fixait un premier seuil à 30 kg/m2 et un second à 38 kg/m2, à condition de respecter des normes contraignantes au niveau des pododermatites et de l'ambiance. "L'intervention des professionnels a permis d'éviter que ce projet ne passe, car les conséquences auraient été dramatiques pour la filière bretonne dont 73 % des lots de poulets ont une densité supérieure à 38 kg/m2", déclare Jean-Noël Sidaner, responsable avicole breton.
De 33 à 42 kg/m2
Le 7 mai dernier, un accord à l'arraché entre les ministres européens de l'agriculture a permis de fixer les règles minimales de protection des poulets de chair.
Les modalités pratiques de cet accord peuvent encore évoluer. "Ce projet fixe à 33 kg/m2, la densité maximale des élevages industriels (plus de 500 poulets) mais il permet aux éleveurs d'aller jusqu'à 39 kg/m2 s'ils respectent des règles plus strictes", détaille Sylvie Conan. Ces règles concernent notamment la ventilation, le refroidissement, le chauffage avec des normes maxi de taux d'ammoniac, de gaz carbonique, de température et d'hygrométrie.
"Si les éleveurs parviennent à réduire le taux de mortalité à moins de 3 % sur 7 lots consécutifs, ils pourront bénéficier d'un bonus de 3 kg/m2, accordé par les autorités sanitaires des Etats membres". Pour décrocher l'autorisation, la directive prévoit qu'aucune entorse aux règles de bien-être ne doit être détectée, durant
2 ans, et qu'un suivi pointilleux des règles de bonnes pratiques doit être assuré. Cette directive devra être transposée en droit français au plus tard le 30 juin 2010.
L'enjeu des pododermatites
L'accord aborde également l'inspection post-mortem mais ne lie pas explicitement les densités aux pododermatites. Ce projet est moins mauvais que les précédents mais il faut être très prudent car des adaptations mineures sont toujours possibles. Le travail de recherche sur le bien-être, engagé par l'Itavi, l'Afssa, l'Inra, dès 2004 a montré que les pododermatites étaient un critère trop restrictif car celles-ci peuvent apparaître précocément et certaines souches de poulet sont plus sensibles que d'autres, a témoigné Robert Maurice, de l'Afssa de Ploufragan.
La qualité de la litière
Même si l'application de cette directive apparaît lointaine, il faut essayer d'anticiper et poursuivre les travaux sur le bien-être des volailles. "Dès cette année, un travail de recherche a démarré en Bretagne et Pays de la Loire pour analyser l'influence de la qualité des litières sur la fréquence des lésions", souligne Sylvie Conan.
Certes, une litière de copeaux apporte de meilleurs résultats mais il y a un risque de pénurie si la demande progresse. Par contre, la paille est plus disponible. Un broyage fin peut-il permettre d'obtenir les mêmes performances que les copeaux ?
Les travaux de recherche vont se poursuivre, de même que sur les techniques d'élevage, la génétique, le lien entre l'ambiance, l'hygrométrie et les pododermatites. Bétonner le sol des poulaillers bretons ne semble pas être la solution, compte tenu du coût et de la gestion des eaux de lavage. "L'histoire de cette directive reste à construire ensemble", confie Sylvie Conan.
Patrick Bégos