
La lutte contre les salmonelles dans les élevages de pondeuses fait partie des priorités de l'Etat. "L'œuf est un produit sensible qui ne tolère aucun défaut. Les Chartes sanitaires constituent l'outil majeur pour faire face à cette exigence de qualité. L'Etat maintient l'accompagnement financier des chartes mais ne veut plus intervenir en aveugle, d'où l'introduction de contraintes supplémentaires", explique Gilles Guillaume de l'UGPVB. Pour l'éleveur, l'adhésion à la Charte est une quasi-obligation car le risque financier est trop important. Il peut se traduire par une absence de débouchés pour l'œuf coquille.
1- Un règlement et une directive
La dernière base de "l'arrêté salmonelle" datait de 1998, avec quelques modifications en 2001, elle fixait le cadre actuel de la charte sanitaire jusqu'en fin 2006. En 2003, l'Union européenne a élaboré un règlement et une directive. Le règlement porte sur les moyens de contrôle des agents pathogènes en élevage. Le contrôle des salmonelles n'est plus réservé à la filière avicole. Après les volailles repro chair et ponte, les poules pondeuses, les poulets de chair et les dindes, les porcins, seront aussi concernés par le dépistage. En pondeuses, les objectifs de réduction ont été fixés fin 2006 et le plan de lutte doit entrer en vigueur au 1-02-2008. La directive porte sur le mode de surveillance.
2- Des objectifspour SE et ST
Pour les pondeuses, le plan de lutte sera triennal avec contrôle de 2 sérotypes SE (Salmonella Enteritidis) et ST (salmonella typhimurium). En élevage repro, en plus de ces 2 sérotypes, trois autres sont concernés : Salmonella Infantis, Hadar et Virchow. Le calendrier définit les objectifs de réduction par pays. Chaque pays doit définir son plan de lutte pour une mise en place à compter de février 2008. Sa validation préalable par les instances européennes est indispensable pour obtenir son cofinancement. Une enquête de prévalence a été effectuée en 2005-2006 dans les pays de l'Union. Les objectifs de réduction ont été fixés par pays en fonction du taux de prévalence obtenu, lors de l'enquête. Plus la prévalence est élevée, plus l'effort à réaliser est important. La France est un bon élève avec un tauxde prévalence de 8 %. À l'échéance 2012, elle devra atteindre un objectif de 2,6 %.
Le plan de lutte français s'adressera à tous les cheptels de pondeuses dont les œufs vont en centre de conditionnement ou en casserie, dès lors qu'il s'agit d'alimentation humaine alors qu'auparavant, ce n'était pas obligatoire pour les œufs de casserie.
3- Des contrôles en élevage
Le règlement de juillet 2006 prévoit des contrôles sur la base de prélèvements de fientes alors que le plan de lutte français s'appuyait,jusqu'à présent sur des chiffonnettes en fond de cage, une technique plus facile et plus représentative que celle des fientes. L'Europe validera-telle notre technique basée sur les chiffonnettes, alors qu'elle a prouvé son efficacité ? La validation européenne de notre plan de lutte devra répondre à cette interrogation. Le dépistage des salmonelles sera effectué à 24, 40 et 55 semaines. À titre préparatoire, la DGAL (l'Etat français) a introduit le dépistage de ST à partir du 1-06-2007. Elle considère qu'à partir de cette date, il faudra dépister ST quand les poules auront 60 semaines d'âge. Si les lots sont positifs, la DGAL financera le nettoyage, la désinfection et accordera, suite à la demande de la profession, une indemnisation des poules des lots positifs (25 ct d'euro par poule standard et 40 ct en alternatif). La profession demandait 60 ct par poule.
4- Révision des Chartes sanitaires
L'Etat a recadré ses modalités d'intervention dans le plan de lutte contre les salmonelles dans une note d'avril 2007. Il ne veut plus d'une charte sanitaire qui soit "une assurance en aveugle". Il a fixé les conditions à respecter dans le cadre d'une relation individuelle liant l'Etat (DSV), l'éleveur et le vétérinaire sanitaire. Ce sera un contrat bande par bande.
La DGAL demande aux DSV de revoir toutes les Chartes en cours de bande alors qu'en 2005, le renouvellement se faisait en fin de bande. Tous les élevages devront ainsi refaire le point pour savoir s'ils répondent aux conditions. L'arrêté évoque la notion de suspension de la Charte, en cas d'anomalie mineure et de suppression en présence d'anomalies majeures.
L'arrêté prévoit également la notion de récidive. Si un élevage est positif plus de 2 fois consécutivement, il n'y aurait pas de charte pour la bande suivante, au minimum durant une année. La profession a obtenu que la notion de récidive corresponde à des lots positifs dans un même bâtiment "charté" et pour le même sérotype. L'existence de plusieurs bâtiments sur un même site nécessite la présence de barrières sanitaires.
5- Des chantiers en 2007
La Bretagne est bien placée pour SE. Il reste des efforts à faire en ST, non dépisté réglementairement, jusqu'à présent. La révision des chartes est en route mais le manque de lisibilité pose problème. Plusieurs chantiers sont ouverts pour 2007. Il s'agit de rediscuter des grilles d'indemnisation toutes espèces confondues. L'administration française aura à préciser le plan de lutte qu'elle mettra en œuvre. Les éleveurs devront également faire face à des nouveautés en fonction des lots en place. Si le lot a plus de 60 semaines au 2ème semestre 2007, il nécessitera un contrôle de ST au 2ème semestre. Dans les semaines à venir, les éleveurs seront confrontés au renouvellement de la charte et à une remise à plat de leur conduite d'élevage, en lien avec leur encadrement technique.
Patrick Bégos