Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
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Côtes d'Armor (22)
(22) BOIS - Une culture de rapport pour terres pauvres : L'épicéa de Sitka veut casser son image épineuse
 
Originaire de la côte Ouest des États-Unis (Ile de Sitka au sud de l'Alaska), l'épicéa de Sitka est l'arbre des régions humides et fraîches. Dans son pays d'origine, la pluviométrie atteint 2 000 m par an. Alors, les 1 500 mm des Monts d'Arrée ne lui font pas peur. Au contraire, il lui faut de l'eau (au moins 900 mm) et une forte hygrométrie. C'est pourquoi ses terres d'adoption que sont le Finistère et les Côtes d'Armor lui conviennent à merveille.
L'épicéa se contente de sols pauvres et peut prospérer sur la plupart des stations acides du massif armoricain. Là où la céréale et le maïs peinent à exprimer leur potentiel, ce résineux file haut et droit. Avec une pousse d'un mètre par an, il atteint l'âge de la maturité pour l'exploitation en une trentaine d'années. "Contrairement à un feuillu qui pousse sans savoir où est le ciel", comme l'exprime en breton Roger Tom, propriétaire forestier à Brennilis, "l'épicéa peut être une voie économiquement rentable sur les terres de faible valeur agricole et d'autant plus qu'elles sont dépourvues de DPU. Sachant aussi, qu'une fois plantées, ces terres, souvent bien classées au niveau revenu cadastral, bénéficient de l'exonération de taxe foncière pendant
30 ans".

Une sylviculture dynamique

Que des atouts donc ? Non. L'image de l'épicéa est épineuse. Mal conduite, une plantation de résineux a la réputation de tuer la vie dans le sous-bois. Tapis d'épines desséchées, écran à la lumière, acidification des sols, obstruction des paysages, sont autant de griefs qui sont cloutés à l'écorce de cet envahisseur américain. "Exagéré", observent le Centre régional de la propriété forestière de Bretagne (CRPF) et le Centre d'études techniques et économiques forestières (Cetef) qui veulent casser "cette mauvaise image non justifiée".
Première règle de bonne conduite aujourd'hui observée : "Les plantations ne se font pas n’importe où", insiste Alain Coïc, conseiller forestier au Cetef. "Les milieux d’intérêt patrimonial, comme les tourbières, les bords de rivière, les fonds de vallée…ne doivent pas être boisés. De même, les plantations doivent constituer des massifs de surface suffisante pour éviter le boisement en "timbre poste" et des coûts de mobilisation trop importants d’une ressource dispersée".
"La sylviculture doit être dynamique pour permettre de maintenir un peuplement ouvert. C'est-à-dire que la lumière doit arriver au sol", poursuit Cyrille Cormier, conseiller forestier au CRPF. "Ceci permet l’installation naturelle d’une biodiversité et une bonne dynamique des sols. Entre autres, l'humification se traduit par bonne désagrégation des aiguilles de l’épicéa de Sitka".
Ces préconisations sont conformes au cahier des charges du système français de certification et de la gestion durable des forêts ("label" PEFC) auquel adhérent aujourd'hui la plupart des propriétaires forestiers adhérents au Cetef. "Doit-on également rappeler que chaque hectare capte 20 t/ha/an de CO2", concluent Roger Tom et Raymond Lezet. Deux propriétaires forestiers, qui bien qu'à la retraite revendiquent encore de travailler pour les générations futures.

Didier Le Du


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Date de l'article : semaine du N° du 5 au 11 Mai 2007
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