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Après avoir livré la salicine, composé qui entre dans la préparation de l'aspirine, le saule s'apprête-t-il à venir une seconde fois au secours de l'Homme ? C'est possible. Car cet arbre, dédié à Hécate, gardienne des enfers dans la mythologie grecque, a aussi un pouvoir calorifique important : 3 600 kWh/tonne ou une production équivalente à 40 MWh par hectare et par an. De là à affirmer que Satan entretenait les flammes de l'enfer avec ce combustible…
Des pays comme la Suède ont déjà mis en culture 16 000 ha de taillis de saule. En Bretagne, Aile (Association d'initiatives locales pour l'énergie et l'environnement) annonce une centaine d'hectares plantés dans le Grand Ouest, dans le cadre du programme expérimental "Life Environnement Wilwater".
180 m3 de bois tous les 3 ans
Le saule cultivé en taillis à très courtes rotations (TTCR) a une croissance très rapide. En 4 ans, les plants peuvent atteindre 5 m de haut en bonnes conditions. "Un hectare de taillis produit de 8 à 12 tonnes de matière sèche par an, soit environ 180 m3 de bois tous les trois ans", chiffre Aurélie Leplus, chargée du dossier TTCR à Aile. Quand on sait qu'une chaudière à plaquettes de bois pour particulier consomme environ 40 m3 par an, chacun calcule rapidement qu'un bon journal (0,66 ha) produit suffisamment de combustible pour chauffer une maison individuelle.
La culture de saule est entièrement mécanisée depuis la plantation jusqu'à la récolte. La plantation de 15 000 boutures se fait sur parcelle bien propre avec une machine spécifique. Exemple : 2 rangs espacés de 75 cm, suivis d'un espacement de 1,50 m, suivi de 2 rangs espacés de 75 cm, etc., pour permettre le passage des engins. Le coût d'une plantation mécanisée est de l'ordre de 2 500 à 3 000 euros/ha. Trois variétés suédoises sont actuellement testées en Bretagne : Tora, Torhild, Björn.
L'année de plantation, un désherbage mécanique ou chimique est préconisé pour éviter toute concurrence préjudiciable au démarrage du saule. "Le premier hiver, il est nécessaire de recéper le taillis, c'est-à-dire de couper la tige principale à 10 cm du sol pour obtenir une pousse de plusieurs rejets par souche", précise A. Leplus.
La récolte a normalement lieu en hiver, tous les deux ou trois ans, avec du matériel adapté : soit en deux temps (coupe et fagotage + broyage avec reprise au grappin) ; soit en un seul passage par "ensileuse". La culture dure une vingtaine d'années. La destruction des souches s'effectue mécaniquement par outils à grosses dents.
Intérêt épuratoire et économique
Depuis 2004, l'expérimentation "Life Environnement Wilwater", coordonnée par Aile, cherche à démontrer l'intérêt épuratoire de la culture de saule à très courtes rotations, ainsi que l'intérêt économique et environnemental de cette filière.
Le saule, plante à besoins élevés en eau, est en effet susceptible de valoriser les éléments apportés par les boues des stations d'épuration. C'est dans ce cadre que la commune de Pleyber-Christ, qui participe au programme expérimental, a planté 9 ha de saule.
Un suivi de la qualité de l'eau de la nappe libre sous les parcelles permettra également de vérifier les qualités épuratoires de cette culture. "Le saule est une excellente pompe à nitrates. Il permet d'augmenter la biodiversité, procure un biotope favorable à beaucoup d'animaux. De même, une implantation raisonnée peut embellir et diversifier le paysage".
Le TTCR s'inscrit dans le cadre des énergies renouvelables affichant un bilan CO2 positif. "Utiliser les plantations de saule comme source d'énergie contribue à limiter les rejets de gaz à effet de serre", note encore l'association. Le rapport entre la production d'énergie et les besoins en énergie fossile pour produire le bois est de l'ordre de 20. Résultats complets de l'étude bretonne, fin 2007.
Didier Le Du
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