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La Bretagne perd 5 000 ha chaque année. Le phénomène mérite d'être maîtrisé.
L'automobiliste qui sillonne les routes départementales se laisse souvent surprendre par l'explosion des constructions de maisons individuelles. Comme un ultime pied de nez à l'agriculture, des champs entiers, toujours protégés par leurs talus d'origine, alignent parfois des maisons comme jadis ils alignaient les rangs de maïs.
Derrière cette image un peu pathétique que représentent ces morceaux de ville plantés à la campagne, figure une réalité chiffrée. "La Bretagne perd 5 000 ha de terre par an. Trois hectares par jour dans le Finistère. Et la pression foncière s'accélère", a rappelé Christian Péron, président de la caisse agricole du Crédit mutuel de Bretagne, en introduction à un débat organisé dans le cadre de l'assemblée générale.
Face à cette évolution, se pose de façon cruciale la question de la surface agricole de plus en plus grignotée, alors que "les frigos européens sont vides, que le prix de matières premières ne cesse d'augmenter dans un contexte de forte demande mondiale", insiste Thierry Picard, président de la caisse du Nord-Finistère. Et d'ajouter : "Ce n'est pas la surproduction qui nous guette mais la pénurie". D'où cet impératif de préserver les surfaces agricoles sachant que le phénomène "d'artificialisation" ne se cantonne pas à la Bretagne : il est mondial.
La campagne : banlieue résidentielle par défaut.
On pourra toujours prétexter que les gens veulent quitter la ville pour respirer l'air pur des campagnes. "L'amour de la nature" est une des motivations citées par les rurbains (nom donné aux citadins qui viennent habiter à la campagne), admet Philippe Ranchère, directeur de l'Adil 29, agence départementale d'information sur le logement. Reste que cet argument est souvent un masque à une réalité bien moins bucolique. Le prix exorbitant du foncier en ville est la raison majeure de cet exode vers les communes périphériques. "La campagne est la banlieue résidentielle par défaut, une solution pour les classes moyennes dans un processus plus vaste de ségrégation sociale", analyse P. Ranchère alerté chaque jour "par les flots de voitures qui rentrent en ville le matin et en sortent le soir".
L'observation du mode de vie des néoruraux conforte l'idée que, pour une majorité, ce n'est pas un choix de venir vivre dans un petit bourg. "On s'aperçoit que ces habitants veulent vivre en ville à la campagne, sans accepter les contraintes de la vie à la campagne". D'où des maires ruraux assaillis de demandes pour créer des infrastructures de loisirs, culturelles… "Sans compter les conflits d'usage que cette nouvelle cohabitation peut générer", insiste André Sergent, vice-président de la Chambre d'agriculture, qui a détaillé la charte départementale pour "une reconnaissance partagée de l'agriculture dans l'aménagement du territoire". Une charte signée en décembre dernier et destinée "à assurer la stabilité et la lisibilité de l'agriculture sur le long terme".
Une volonté politique forte.
Aujourd'hui, de plus en plus d'acteurs pensent que la préservation du territoire passe par la reconstruction de la ville. Cela signifie entre autres la réhabilitation des centres-villes parfois délaissés. Cela passe aussi par l'imagination de nouveaux logements collectifs."Alors qu'en Bretagne, nous sommes sur une terre de maisons individuelles, on assiste à un retour en grâce du collectif", observe le directeur de l'Adil. Mais là encore : choix ou obligation financière ? "Les jeunes ménages sont de plus en plus des familles monoparentales (44 %), ce qui ne fait qu'accentuer le besoin en nouveaux logements".
Reste qu'au-delà des aspects financiers concernant les accédants à la propriété, s'imposent des histoires de gros sous. Les communes rurales voient souvent d'un bon ? il l'arrivée de nouveaux résidants. Ils représentent autant d'impôts en plus, autant d'enfants qui rempliront les écoles. Quant à la valorisation du patrimoine foncier des villes, elle semble pour l'heure assez incompatible avec une politique sociale de grande envergure. Même les agriculteurs qui en pleine carrière s'élèvent contre la rurbanisation galopante l'appellent de leurs vœux quand sonne la retraite (mieux vaut vendre 1 000 m2 de terrain constructible plutôt qu'un hectare de terre agricole même bien fourni en DPU). Conclusion : seule une volonté politique forte est susceptible de changer les choses. C'est le travail des élus, un devoir pour les générations futures.
Didier Le Du
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