|
Une enquête effectuée auprès des adhérents du contrôle laitier montre que 33 % des producteurs de lait sont seuls sur leur exploitation, 37 % en couple, 27 % en association familiale ou avec lien de parenté et 3 % en association avec un tiers. Seulement 12 % ont recours à l'emploi salarié (temps complet ou partiel). L'évolution à terme de 5 ans s'illustre notamment par le départ à la retraite de 650 producteurs.
Un contexte qui va inévitablement aboutir à quelques bouleversements dans la structure des ateliers qui seront maintenus : agrandissements, regroupements d'ateliers, associations…Mais si les aspects économiques, juridiques, techniques sont le plus souvent optimisés, les aspects humains sont en général moins bien appréhendés.
Deux exemples
Au cours de ces assemblées, des témoignages sont venus étayer le thème. Ainsi, Marie Thérèse Massot de Plessala s'est installée seule en 1981 et a été rejointe par son conjoint, Guy, en 1985. Ils travaillent comme des associés, pour tous les travaux de l'exploitation, y compris au niveau des cultures. Un partage des tâches, également au niveau familial. Le remplacement du dimanche s'effectue avec un voisin depuis 15 ans.
A St Jouan de L'isle, le Gaec de Kertinais s'est d'abord constitué entre Christophe Perou, Jean-Marc et Eliane Brouazin. Ce sont Jean-Marc et Eliane qui ont fait la proposition à Christophe. Les deux exploitations étaient distantes de quelques kilomètres. "Nous devions faire une mise aux normes, sur un site qui ne s'y prêtait pas trop compte tenu de la proximité du voisinage immédiat". Après un peu plus d'un mois de réflexion, Christophe a donné son accord. L'intérêt économique et les perspectives d'améliorer les conditions de travail concordaient.
Un peu plus tard, Annie Santier, productrice de lait et de porc, avec son mari a proposé de rejoindre le Gaec. Annie est devenue associée du Gaec qui a intégré seulement la production laitière. Son mari à fait le choix de se reconvertir. Pour le Gaec, l'entrée d'Annie a permis de trouver un nouvel équilibre. Chacun a trouvé sa place. Il a fallu faire quelques concessions. "Je préférais les vaches. J'ai en charge les cultures", note Jean-Marc Brouazin pour qui un peu plus de liberté et de souplesse dans les conditions de travail valent bien quelques concessions.
Formaliser les relations
Alice Barthez, sociologue à l'Inra de Dijon, intervenait lors des assemblées de secteurs du Contrôle laitier. Son discours est sans nuance : "Il faut placer les relations humaines au premier plan, alors que le plus souvent ce sont les aspects techniques ou économiques qui prennent le dessus". Au travers de quelques exemples, elle illustre l'importance de ce relationnel. Et n'hésite pas à préconiser l'appel à quelqu'un de l'extérieur pour aider à débattre, à parler, à établir un nouveau règlement intérieur.
Elle insiste en effet sur la formalisation des relations qui permet d'éviter des malentendus, de garder une certaine distance entre vie professionnelle et vie privée. Il s'agit en quelque sorte d'anticiper pour mieux réussir, de déterminer les objectifs poursuivis par ceux qui sont associés ou qui ont un projet. Une démarche qui conduit à aborder tous les problèmes, parfois délicats, comme le temps de travail pris en compte pour chacun des associés, la rémunération des hommes et des capitaux.
Pierre Dénès
|
|