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Un matériel mal connu : Votre électrificateur est-il adapté ?
Une clôture électrique, c'est un réseau de fils, une prise de terre et un électrificateur. Celui-ci ou ceux-ci correspondent-ils à mes besoins ?
Un électrificateur a pour fonction de transformer un courant électrique de 220 volts, de 12 voire de 9 volts en un courant de haut voltage avec une très faible intensité. Des condensateurs, bobines et une carte électronique se chargent de réguler les impulsions. La douleur ressentie par l'animal est fonction de l'énergie d'impulsion ou énergie délivrée par l'électrificateur (sous 500 ohms qui correspond à l'animal). Elle se mesure en joules.
Premier critère
La tension est le deuxième paramètre à respecter. La clôture est efficace à 3000 volts (toujours sous 500 ohms), 5000 à 6000 volts sont souhaitables. L'essentiel est d'avoir au moins 3000 volts pour des bovins (4000 volts pour des moutons) sur la totalité des fils de l'installation. Avec ces valeurs, l'animal commence à ressentir la clôture dès qu'il s'approche du fil, bien avant d'y toucher. Un appareil qui affiche une tension à vide de 10 000 volts n'est pas nécessairement plus performant qu'un autre à 7000 volts. Cette dernière donnée n'a pas de réel intérêt pratique.
"La première recherche à faire est de savoir si l'électrificateur correspond aux besoins de l'exploitation", indique Jean-Joseph Bercegeay de Bovins Croissance 35. Le critère à prendre en compte parmi les critères présentés sur un catalogue est l'énergie délivrée ou d'impulsion et non l'énergie stockée. Il faut compter un joule par kilomètre de clôture avec une végétation moyenne (de l'herbe touche le fil). Plus la longueur de fils est grande, plus il faudra un matériel performant. 5 à 10 km correspond à des longueurs courantes, mais l'ensemble n'est pas toujours connecté en même temps. Le fait d'avoir une clôture avec plusieurs fils n'allonge pas le périmètre de clôture à condition d'effectuer une jonction entre tous les rangs tous les 200 m. Installée correctement, "une clôture électrique est aussi efficace que du barbelé, moins chère et plus facile à installer".
Les fabricants indiquent aussi sur leurs électrificateurs une norme européenne précisant la longueur théorique électrifiable. Les chiffres sont généralement très élevés, mais n'ont aucune valeur pratique. Il ne faut pas en tenir compte.
Il est facile de contenir un bovin, un cheval, des chiens…, c'est plus difficile avec des moutons, des chèvres, de la volaille et encore plus difficile s'il s'agit de se prémunir de l'entrée des sangliers, de chevreuils, de lapins… qui ne connaissent pas nécessairement les effets d'une clôture électrique. Entre les deux premières catégories d'animaux, la longueur électrifiée pour un même matériel va de 1 à 2.
La végétation touche-t-elle ou non les fils ? Autrement dit, quel temps passe-t-on à entretenir ses clôtures ? La longueur électrifiée passe facilement de 1 km avec une végétation abondante à 9 km si rien ne touche. L'écart est un peu moins grand (1 à 5) avec les matériels les plus puissants.
Comprendre les paramètres
- Le joule
L'énergie produite, transportée par le fil, est mesurée en joules. Un joule équivaut à un watt par seconde. C'est le joule qui crée la douleur. Dans un système de clôture électrique, la seule énergie qui compte c'est l'énergie de décharge (ou énergie d'impulsion) au contact du fil conducteur.
Certains postes sont équipés de régulateur de joules. Ce dispositif permet de compenser les pertes éventuelles sur une clôture, lors d'un contact ou d'une panne. On peut comparer le régulateur à un turbo sur un moteur.
- Le voltage
La tension est mesurée en volts pour assurer le transport du courant. La tension qui doit être restituée à l'animal est plus importante que la tension à vide.
- Les ohms
L'ohm mesure la conductibilité, c'est-à-dire la capacité à amener le courant. Plus la valeur est petite, meilleure est la conductibilité.
Une prise de terre efficace
80 % des installations ont une prise de terre insuffisante
Lors d'un diagnostic, après l'électrificateur, je vérifie ensuite la prise de terre", explique Jean-Joseph Bercegeay, technicien de Bovins Croissance. Cyrille Richard technico-commercial chez Patura confirme : "dans quatre cas sur cinq les systèmes installés sont insuffisants". Au départ, l'électrificateur envoie du courant dans les fils. Si un animal ou de la végétation les touchent, ils ferment le circuit, le courant revient par la terre à l'électrificateur via la prise de terre. "Elle doit être très bonne".
Première règle à respecter : il faut 1 mètre de prise de terre par joule, y compris pour les clôtures sur batterie. Les techniciens conseillent donc d'utiliser des piquets de fer galvanisés à chaud (la rouille est un isolant) d'un mètre minimum, placés à l'extérieur dans les endroits les plus humides pour assurer un bon retour. La prise de terre de l'électrificateur doit être indépendante des autres prises de terre des installations électriques et à plus de 20 mètres de celles-ci pour éviter les interférences (par exemple des picotements ressentis en salle de traite au contact des parties métalliques humides).
Il faut généralement installer plusieurs piquets distants de 3 mètres les uns des autres. Le plus simple est de réaliser une tranchée avec un tractopelle afin de recouvrir le sommet des piquets de 15 à 20 cm de terre. La connexion avec l'électrificateur doit se faire avec un câble spécifique haute tension doublement isolé de 2,5 mm. Proscrire le fil électrique classique dont l'isolation correspond à 230-380 volts et non à des voltages de l'ordre de 10000 volts. Pour un bon contact, le câble doit être vissé sur le piquet en évitant de le couper entre chaque piquet. L'efficacité d'une prise de terre est largement améliorée si elle est installée avec de la bentonite (mélange d'argile et de sel). Un mètre de prise de terre équivaut alors à 10 m de prise de terre.
Un contrôle de l'efficacité de la prise de terre est à opérer chaque année pendant la période la plus sèche, lorsque la terre est moins conductible. La technique la plus simple consiste à mettre une main sur la prise de terre et l'autre sur le sol. Des picotements sont le signe d'une prise de terre à revoir. Avec un appareil de détection de pertes, sur une installation délivrant 3000 volts, un piquet de fer posé sur le fil à 100 m de la prise de terre doit faire chuter la tension à moins de 300 volts à la prise de terre. Un chiffre supérieur indique une insuffisance.
Ce qu'il ne faut pas faire
L'exemple de ce qu'il ne faut pas faire ? "Le doigt de fourche planté en terre et relié à l'électrificateur avec du fil téléphonique. Ou une prise de terre reliée à la prise de terre de la stabulation : tout ce qu'il faut pour orienter du courant vers les vaches… avec tous les problèmes qui en découlent.
Le système de mise à la terre doit être à 20 mètres de toute prise de terre, ligne téléphonique souterraine ou câble électrique. Une mauvaise mise à la terre peut en effet occasionner des perturbations téléphoniques, radiophoniques et télévisuelles. Cela se note au “tic-tic” caractéristique du téléphone.
Aucun voltage ne doit résider dans un piquet de terre. Pour le vérifier, utiliser un voltmètre. Si le voltage résiduel existe sur le dernier piquet de la terre de votre installation, ajouter un autre piquet de terre.
Piquets PVC par extrusion
Des poteaux "tout en un"
Un menuisier de Concarneau a imaginé un piquet de clôture en PVC fabriqué par extrusion. Objectif : une meilleure résistance.
Léger, résistant, pratique". Il n'en fallait pas plus pour que le piquet fabriqué par la société BLS fasse un tabac dans les élevages de bovins. "À 600 g pièce, vous en prenez 30 sous le bras. Une massette dans la poche : et vous voilà parti pour installer 400 m de clôture sans autre accessoire", explique Gérard Bodivit qui a imaginé ce poteau "simple et fortement isolant. Il n'y a pas besoin d'isolateur". Il ajoute : "Au début, j'annonçais une durée de vie de batterie deux fois plus longue qu'avec une clôture classique ; les éleveurs qui l'ont adopté me disent que les batteries durent 4 fois plus longtemps".
Prévues à l'origine pour laisser circuler l'air entre des planches de bois (contrairement aux lattes de bois, le PVC ne laisse pas de trace), les barres en plastique ont aujourd'hui pris des dimensions adaptées aux besoins des éleveurs.
"Le poteau classique pour bovins mesure 1,14 m, ce qui après enfoncement permet d'avoir un fil à 85-90 cm de hauteur. Mais il y a aussi des poteaux trois fils pour moutons et du 1,60 m pour chevaux". Depuis peu, ce fabricant breton propose également des piquets d'angle d'une section de 50 mm. "Je conseille d'en planter un tous les 100 m. Ça permet de conserver une bonne tension sur la ligne".
Il insiste également sur la fabrication. "J'utilise le procédé par extrusion qui confère une meilleure résistance physique au poteau. S'il casse, je le remplace. Contrairement au poteau fabriqué par moulage, celui-ci ne plie pas, même si l'on observe une légère flexion lorsqu'il y a une forte tension des fils". Il poursuit : "La fabrication par extrusion consiste à propulser du PVC contre un contre-profil. Le poteau sort en continu de la machine. Ensuite, il suffit de couper à la longueur souhaitée".
Pour s'adapter à la demande des éleveurs, ce constructeur envisage de produire des piquets de couleur. "Ils seront mieux intégrés dans le paysage. Même si le blanc a cet avantage de bien identifier les limites de la parcelle pour l'animal", observe G. Bodivit.
Qu'en est-il des normes ?
Le 12 septembre 2006, le bureau technique du Cenelec a ratifié un amendement à la norme européenne concernant les électrificateurs. En résumé, il s'agit de limiter la puissance des postes à un maximum de 5 joules. Cette norme, qui ne peut pas être rétroactive, sera logiquement applicable en 2009. En attendant, elle fait grand bruit chez les fabricants de matériel.
"Dans la pratique, avec une végétation normale ou abondante, il est impossible de clôturer des parcelles importantes avec des électrificateurs de petite puissance. Les éleveurs sont responsables devant la loi de leurs troupeaux et de leurs contentions, mais n'auraient plus les moyens de mettre en oeuvre une contention sûre", assure Laurent Guillon, directeur commercial chez Patura. Et d'indiquer : "Nous tenons à préciser que les trois accidents survenus en Europe ces dernières décennies ont à l'origine, pour deux d'entre eux, des électrificateurs de moins de 5 joules de fabrication française autorisés par la nouvelle norme ; ce qui prouve, si besoin était, que cette norme n'améliore en rien la sécurité des électrificateurs". Chez Lacmé en revanche, on approuve cette disposition en rappelant qu'avec "le développement récent d'électrificateurs de forte puissance à commande électronique, la norme ne garantissait plus la sécurité du grand public". Et d'appuyer son argumentation sur des accidents mortels : "Or, aujourd'hui, il est possible de rester en dessous de 5 joules à 500 ohms tout en obtenant une valeur largement supérieure à 5 joules pour les impédances inférieures à 500 ohms. Une impédance si faible (pouvant descendre à 50 ohms), lorsque le courant passe, appelle la puissance maximale que l'électrificateur peut fournir. Si la majeure partie du courant se consume dans le corps, cela peut entraîner un arrêt respiratoire ou une fibrillation ventriculaire". Devant les réactions des professionnels de l'élevage aussi bien au niveau français qu'européen, le ministère de l'Agriculture français a diligenté, en septembre 2006, une étude auprès d'un institut agronome neutre et spécialisé portant sur le bien-fondé d'une telle norme
ainsi que sur son éventuelle application en France. Le rapport devra être rendu à l'automne 2007.
Ovins : Un système néo-zélandais à trois fils, Des clôtures fixes pour 500 brebis
Un système de clôtures fixes à 3 fils a permis à Yann Jouillat d'aménager des îlots de 4 à 5 ha de prairie pour ses brebis.
Sur son exploitation de Melrand (56), Yann Jouillat conduit seul son troupeau composé de 500 brebis et 100 agnelles. Il a choisi une conduite en deux lots de 250 femelles qui agnellent 3 fois en 2 ans. Les mise-bas ont lieu en bergerie et les agneaux ne sortent pas. Par contre, en fonction des périodes d'agnelage, il y a toujours un lot en pâture et un lot en bergerie, ce qui permet d'optimiser les bâtiments.
Rapidité et fiabilité
L'exploitation comporte 75 ha de terres : 34 ha sont en prairie dont 8 permanente. "les mêmes parcelles sont souvent ensemencées en herbe, explique l'éleveur. J'essaie de faire des îlots de 4 à 5 ha avec une partie boisée et un point d'eau". Ce sont des terres saines et portantes l'hiver. Les brebis en gestation peuvent y séjourner toute l'année en ayant à disposition du fourrage et des compléments.
"Comme l'exploitation ne disposait pas de troupeau ovin, elle n'était pas équipée de clôture spécifique. J'ai choisi d'installer des clôtures fixes autour des îlots de prairie, sans cloisonnement dans un premier temps, même si la gestion de l'herbe n'est pas optimale". Seul dans l'élevage, Yann a privilégié la rapidité de mise en place et la fiabilité des clôtures. "Comme les agneaux ne sortent pas, j'ai préféré une clôture à fils, plus pratique, plus facile à entretenir et moins coûteuse qu'un grillage classique avec poteaux en bois".
3 fils en acier souple
Yann a choisi la clôture Kiwitech, un système néo-zélandais qu'il avait vu dans une exploitation ovine du Lot. Elle est composée de poteaux en fibre de verre, équipés d'isolateurs en acier galvanisés clippés. Dans les angles des parcelles, il a installé des poteaux en bois. Le fil "High tensil" est en acier spécial souple et galvanisé et ne casse pas. Il est installé sur 3 niveaux à 25-30 cm, 50 cm et 90 cm. Grâce à sa souplesse et aux tendeurs, le fil ne casse pas lorsqu'une branche d'arbre tombe dessus, il laisse également passer le gibier.
La mise en place est rapide : environ 1 journée pour 4 ha, le plus gros travail étant la préparation et le débroussaillage de la parcelle. Les piquets, d'une hauteur de 1,50 m sont enfoncés de 40 cm dans le sol à l'aide d'un guide et d'une massette. Le coût de ce type de clôture est d'environ 1,10 euro au mètre (piquet, isolateur et 3 hauteurs de fil). En présence d'agneaux, il est possible d'installer 4 fils.
Kit mobile
Les fils sont alimentés par un poste Speedride 36000 qui libère un courant de 36 joules. L'intensité du courant est moyenne mais elle est régulière. Les pertes sur la ligne sont compensées. À l'aide d'un testeur, Yann peut arrêter le poste d'une parcelle ou détecter précisément l'endroit où à lieu la perte. "Je me suis également équipé d'un kit qui me permet de monter rapidement une clôture mobile de 300 m. Avec ce kit, je porte sur moi les piquets mobiles et le dérouleur de fil nylon. Les 3 fils sont posés en même temps. C'est plus pratique et moins coûteux qu'un filet classique," estime Yann.
La clôture fixe à 3 fils permet à l'éleveur d'être serein quand il s'absente de l'élevage. "C'est important quand on est seul, je ne tiens pas à trouver les 250 brebis disséminées dans les parcelles voisines".
Patrick Bégos
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