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Le spectre de 1995 est définitivement effacé à la FDSEA du Finistère. En faisant un doublé avec plus de 60 % des voix à six ans d'intervalle, l'équipe de Jacques Jaouen s'assied sur une majorité confortable et visiblement durable.
Un "soutien massif" à mettre au compte "de la crédibilité de l'équipe en place et de la reconnaissance du travail effectué durant le mandat qui s'achève", commente Jacques Jaouen qui entend continuer sa politique économique axée sur la compétitivité des exploitations agricoles du département. Un soutien à mettre également au compte du réseau syndical très dense et qui, au-delà des 72 réunions locales organisées chez les adhérents, permet un contact direct avec les agriculteurs notamment durant la période de vote.
L'effet Coordination : une surprise
Car, si la FDSEA ne semblait pas craindre le score de la Confédération Paysanne – En 1995, les 52 % en sa faveur étaient en grande partie des votes contre la FDSEA –, elle restait prudente face aux réactions d'un électorat soumis à une nouvelle liste. D'autant que la Coordination Rurale n'a eu de cesse de battre campagne contre "le système incarné par la FNSEA". "D'emblée, ce n'était pas évident que nous gardions notre score de 2001", confiait lors du dépouillement un des leaders de la liste Finistère d'avenir.
La représentativité de la FDSEA n'a finalement pas été écornée par la Coordination Rurale qui se présentait pour la première fois dans le département. Annoncé comme agitateur, le troisième syndicat n'a apparemment pas puisé ses voix dans le bastion du syndicat majoritaire, comme l'entrevoyaient de nombreux observateurs agricoles du département.
"C'est surprenant. Dans les campagnes, les agriculteurs dénoncent le syndicat tout-puissant. Et au final, ils votent pour lui", commentait Jean-Michel Favennec, le chef de file de la liste Coordination Rurale, déplorant le fait, "qu'encore une fois, un seul syndicat va mobiliser les décisions". Pour autant, la Coordination se déclare satisfaite d'avoir un élu à la Chambre. "Nous dépassons le seuil représentatif de 15 %. Tout cela avec deux ans d'existence et un budget de campagne inférieur à 4 000 euros À présent, nous nous donnons six ans pour mieux nous faire connaître".
Revers pour l'UDSEA-Confédération paysanne
Si la FDSEA n'a pratiquement pas bougé depuis la dernière élection, l'UDSEA-Confédération Paysanne a, en revanche, subi une sévère défaite. Moins 12 points par rapport à la dernière élection, alors que le syndicat espérait, avec 34 % des suffrages en 2001, être arrivé au taquet du bas.
Même s'il est toujours difficile d'interpréter les urnes, il est probable qu'aujourd'hui, le syndicat minoritaire doit aussi digérer un changement de générations. Rappelons que les fondateurs de l'UDSEA étaient d'abord des dissidents de la FDSEA. Leurs idées n'étaient pas très éloignées des forces modérées de la FDSEA. De 1995 à 2001, il n'était pas rare d'entendre qu'il n'y avait pas beaucoup de différence entre les conceptions d'un René Quéméré et d'un Jean Salmon, président de la Chambre des Côtes d'Armor.
Aujourd'hui, le syndicat transpire sans doute davantage d'une image Confédération Paysanne, relayée par l'échelon national. Ce peut être une des clés du vote dans un département où le monde agricole n'est pas, dans ses fondements, culturellement proche des valeurs défendues par le syndicat national.
Quelque peu abasourdie par ce résultat auquel elle ne s'attendait pas, Joëlle Huon reconnaît que "le côté altermondialiste" explique en partie les résultats, "même si de notre côté, nous ne sommes pas allés sur ce terrain". Elle poursuit : "Nous avons développé les thèmes de l'agrandissement, de l'installation. Apparemment, seulement 22 % des agriculteurs nous suivent sur cette voie. L'avenir dira si nous avions raison. Autrement dit, 60 % des agriculteurs ne voient leur salut que par la concentration des exploitations. Ils oublient sans doute que concentration signifie également disparition d'un bon nombre de paysans". Pour autant que la défaite s'avère cuisante, "l'UDSEA-Confédération Paysanne va continuer à défendre ses convictions", assure le syndicat.
Didier Le Du
Anciens exploitants
La FDSEA assure ses deux sièges anciens exploitants à la Chambre d'agriculture. Sur les 15 083 suffrages exprimés, la liste des anciens de la FDSEA recueille 58,81 % des voix, devançant l'UDSEA-Confédération paysanne de près de 30 points.
Avec 29,07 % des voix (4 384 bulletins), l'UDSEA-Confédération paysanne n'a donc aucun siège à la Chambre. À noter aussi le score de 12,13 % de la liste Modef qui recueille 1 829 voix.
La région intéresse le Finistère
Le profil de répartition des voix, sorti lundi des urnes, place Jacques Jaouen en grand gagnant sur le département du Finistère. Une victoire qui lui confère une légitimité pour mener la Chambre d'agriculture pour les six ans à venir. "Durant la campagne, nous avons eu beaucoup de questions sur l'évolution de l'environnement économique. Nous allons continuer à mener notre travail de prospective pour que les agriculteurs du département puissent mieux anticiper les évolutions à venir et puissent s'adapter et avoir un coup d'avance", résume le président.
Jacques Jaouen est aussi la tête de liste qui a fait le meilleur score régional, en pourcentage et en nombre de voix. Inutile de dire que ce Finistérien qui "s'intéresse de près à la région" ne manquera pas de mettre en avant ces arguments face à ses collègues bretons. Reste que, si les Finistériens verraient d'un bon œil une région pilotée un peu plus à l'Ouest, tous les départements bretons ne partagent pas cette vision. Comme si la spontanéité finistérienne suscitait quelques craintes, entre autres à l'Est …
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