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Le canton de Louvigné du Désert a accueilli, dimanche, la fête départementale des Jeunes agriculteurs. Cette fête a été précédée d'une table ronde sur le rôle des agriculteurs en milieu rural et leurs relations dans cet espace. Le canton de Louvigné, au nord de Fougères, est une zone où dominent les élevages laitiers. Loin de l'attraction de la banlieue rennaise, et peu concerné pour le moment par les zones artisanales qui se développent le long de l'autoroute des estuaires, ce canton bénéficie d'une bonne qualité de vie avec des jeunes très actifs qui ont, par exemple, créé un festival musical.
Compétitivité et territoire
Pour Yvon Le Caro, géographe à Rennes II, "les agriculteurs sont inquiets et naviguent à vue, partagés entre l'obligation d'être compétitifs dans un marché globalisé et la nécessité de s'intégrer dans un territoire rural et de vivre, en bonne intelligence avec leurs voisins".
Les agriculteurs se sont sentis rejetés par les autres catégories sociales, notamment à cause des problèmes d'environnement. "Notre rôle d'élu est d'aller vers eux", pense Mme Jacq, maire de Louvigné. Le plan local d'urbanisme (PLU) a offert récemment cette opportunité. "Même si tout n'a pas été facile, ce plan a montré notre volonté de faire communiquer entre elles toutes les couches de la population, en préservant les zones agricoles".
Bertrand Colleu est presque un paysan dans la ville. Son exploitation est à Cesson-Sévigné à l'Est de Rennes. "Dans mon exploitation, j'avais deux choix possibles : soit subir l'urbanisme, ce qui est invivable, soit communiquer avec mes voisins pour que ce soit vivable", explique le jeune exploitant. En zone urbaine, le paysan est un ambassadeur de sa profession. "Etre en première ligne n'est pas tous les jours facile. Se faire un copain d'un voisin n'est pas simple quand celui-ci ne respecte pas notre outil de travail. Par contre, quand on peut collaborer sur des projets concrets, tout le monde en bénéficie".
Faciliter la mixité sociale
Le canton de Louvigné offre un bel exemple de collaboration entre agriculteurs et ruraux, au travers de "Vaches au Gallo", un festival événementiel musical. "Pour réussir cette manifestation, nous avons besoin des agriculteurs, de leurs parcelles, de leur matériel", explique Fabrice Guérin, l'un des responsables. Et les agriculteurs ont toujours répondu favorablement, certains modifiant même leurs rotations pour libérer à temps des parcelles. "C'est un bon moyen pour faciliter la mixité sociale", ajoute Mme Jacq. Plus de 500 bénévoles y participent. "Il faut voir l'engouement des jeunes et aussi des retraités agricoles qui se sont pris au jeu et apportent leur expérience pratique".
"On a besoin de ses voisins pour réussir" ajoute Yvon Le Caro. Les filières ont habitué les agriculteurs à raisonner en individuel. Le géographe propose de créer des "coopératives territoriales", rassemblant des agriculteurs, des collectivités et des particuliers pour "produire du territoire", prenant l'exemple des chemins de randonnées, ou du bois énergie. "Il faut avancer sur ces pistes et prendre des initiatives au lieu d'être sur la défensive".
Réguler le foncier
En fin de débat, le problème du foncier a suscité de nombreuses questions. Il est souvent soumis à un grignotage permanent, ce qui crée chez l'exploitant un stress, face à son avenir. "Les collectivités devraient nous aider en mettant à disposition des terres par des baux à long terme, aux abords des villes, propose Bertrand Colleu. Si on veut conserver des paysages et une agriculture, travaillons ensemble".
Yvon Le Caro, plaide pour un partage de l'espace rural en trouvant un mode de régulation du foncier. Il faut éviter de le gaspiller (2 500 ha sont soustraits à l'agriculture tous les ans en Ille et Vilaine, soit l'équivalent de 50 exploitations de 50 ha). "Le dialogue est préférable à l'affrontement pour aboutir à une occupation harmonieuse du territoire", conclue Frédéric Chevalier, président de Jeunes Agriculteurs.
Patrick Bégos
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