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Fiche technique du salarié idéal de Cuma : "Discret, motivé, compétent. Sachant conduire tracteur, traire les vaches, s'occuper des porcs. Capable d'assurer le remplacement pendant les vacances ce qui suppose ne pas aimer prendre des congés en été. Donc de préférence célibataire pour disponibilité maximale y compris le week-end. Si possible originaire du secteur pour meilleure connaissance de ses capacités de travail. Salaire pas trop élevé exigé".
Un rappeur sur un tracteur
Ce profil dressé lors de l'assemblée générale de la FDCuma, à Sainte-Sève, montre que, dans les campagnes, on sait se tourner en dérision et rire de soi-même. Et c'est sans doute la meilleure façon de se prendre au sérieux, comme l'a montré une saynète jouée par des agriculteurs. Car à trop forcer le trait sur les exigences, on ne se rend plus forcément compte, – c'est également vrai dans d'autres secteurs – que le mouton à 4 pattes ferait l'affaire là où l'on voudrait lui en coller cinq. "Gast, on ne va quand même pas mettre un rappeur sur un tracteur !", comme l'a évoqué un agriculteur acteur de son propre rôle. Et bien pourquoi pas. C'est au moins autant dans le ton que le costume breton.
À une époque où de plus en plus de Cumistes réfléchissent à la formule tracteur+chauffeur, les témoignages de responsables de Cuma du département ont permis de débroussailler ce pan encore un peu vierge en agriculture : l'emploi d'un salarié.
La Cuma de l'Aven, à Scaër, fait partie de ces groupes qui ont fait le choix d'embaucher. "La réflexion s'est prolongée sur plusieurs années", a expliqué Jean-François Bourhis, pour montrer la progressivité du choix. "Nous avons débuté avec un tracteur d'occasion. Les adhérents se sont engagés sur un nombre d'heures. Au bout de trois ans, nous avons acheté un tracteur neuf". Aujourd'hui, la Cuma assure 1 750 h de travail par an pour 12 adhérents. "Le reste du temps, le salarié est employé par le groupement d'employeurs lié à la Cuma", explique encore cet agriculteur, en insistant sur l'organisation des plannings et aussi… sur la gestion des rentrées d'argent. "Car la Cuma n'est pas une banque".
Apprendre à travailler ensemble
Plus au Nord, la Cuma de Larret à Plourin-Ploudalmézeau, emploie deux salariés. Dont un qui a plus de 20 ans de maison. Pour Roger Violant, agriculteur et lui-même ancien salarié de Cuma, il est important que "le bureau garde les commandes. Un salarié qui se gère seul, c'est bien. Mais du coup, les responsables perdent le contact avec la base. L'idéal serait de faire des bilans trimestriels, voire annuels, pour mettre le doigt sur ce qui va et ne va pas". D'où aussi le projet de mettre en place une sorte de permanence tous les samedis matin afin de rencontrer les adhérents et de recenser leurs attentes. "De même, nous pensons qu'une formation à destination des employeurs pour canaliser les énergies serait profitable", observe cet agriculteur. Ces conseils ont déjà été anticipés dans la Cuma du Jarlot (Plourin et Plougonven), si l'on en croit les propos de Philippe Le Cam. "Nous sommes conscients que la main-d'œuvre diminue dans les exploitations. Mais, pour notre Cuma encore jeune, créée en 2005, nous estimons qu'il faut d'abord apprendre à se connaître et à travailler ensemble. L'embauche d'un chauffeur, on verra dans 3-4 ans". Preuve que sagesse ne rime pas toujours avec vieillesse…
Didier Le Du
Louis descend de son tracteur
Petite cérémonie émotion, vendredi dernier à l'assemblée des Cuma. Et pour cause : après 25 ans d'engagement auprès des Cuma, Louis Laurent, agriculteur à Pleyber-Christ, a choisi de ranger son tracteur. Il n'en garde pas moins la "patate" (il était producteur de pomme de terre) quand il s'agit de raconter ses histoires qui ponctuent les conversations comme les pointillés déroulent la grand-route du bonheur.
"Passionné de matériel, toujours à la pointe de l'innovation" – ce n'est pas pour rien qu'il menait Innov 29, la structure départementale spécialisée dans l'expérimentation de nouvelles machines –, "ce chercheur permanent, connu de tous et qui connaît tout le monde par son nom, est aussi un homme d'écoute, passionné par le rapport humain". En fait, tout l'esprit incarné par le mouvement des Cuma… Pas un défaut donc ? Si, au moins un : Louis fume, ce qui n'est plus très orthodoxe avec la nouvelle réglementation entrée en application hier. C'est pourquoi, insoumis, ses amis de 25 ans lui ont offert un paquet de gris. Du Caporal pour un capitaine de la convivialité.
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