Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
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Côtes d'Armor (22)
(22) Le projet Menergol : De l’agriculteur à « l’énergieculteur »
 
Les chiffres parlent d'eux-mêmes, 40 ans pour le pétrole, 60 ans pour le gaz, un peu plus pour l’uranium. Voici le temps restant avant l’épuisement de ces ressources. Ceci est la conséquence de la surconsommation mondiale d’énergie qui devrait s’accentuer avec les pays dits émergents (Brésil, Chine, Inde …).
Dans ce contexte, les gouvernements ont pris des engagements, comme produire une part plus importante de son électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici 2010 ainsi que tripler la production de biocarburants d’ici 2007.
En ce qui concerne la Bretagne, sa consommation représente 4% de la consommation française. Elle ne produit que 5% de sa consommation le déficit est donc très important. L'agriculture et l'agroalimentaire sont principalement concernés.
Recherche d'autonomie
Face à cet enjeu, la communauté de communes du Mené (22) a réagi. Son vice-président, Jacky Aignel (maire de St Gouéno), ainsi que l’association MIR (Mené Initiative Rural), ont lancé plusieurs projets de production d’énergie, dont Menergol (Mené Energie Oléo protéagineux).
Menergol est une CUMA regroupant 43 agriculteurs des communes avoisinantes. La plupart de ces agriculteurs ont essayé de développer une huilerie en individuel, sans véritable succès. A St Gouéno, une huilerie fixe destinée à la transformation de 1 200 ha de colza va voir le jour début 2007. "A terme, l’objectif, souligne par Jacky Aignel, est que les agriculteurs de la Cuma soient autonomes en carburant".
Concrètement, les agriculteurs continueront à produire du colza tel qu’ils le produisent actuellement. Tous les frais de culture (séchage et stockage compris) sont à la charge des exploitants. Le seul changement est que le colza sera conservé pour produire de l’huile à la Cuma.
Fabriqué selon un procédé industriel importé d’Allemagne, cette huile est reconnue d’excellente qualité. Les agriculteurs pourront la récupérer pour alimenter leurs engins agricoles en carburant, après quelques adaptations. Sachant qu’avec un rendement moyen de 30 quintaux, un hectare produit 1 200 L d’huile et 1 800 Kg de tourteaux qui sont utilisables pour l’alimentation animale.
L’huilerie sera un prestataire de services. Les adhérents paieront un forfait de 0.1? par litre. Ils devront également équiper leurs engins à moteur d'un kit de bi-carburation, car l’huile de colza n’est utilisable qu’à chaud.
Moins de 0.5 E/l
Le prix de revient est de 0.4 à 0.45 ?/l, toutes charges comprises, ce qui, pour Pierre Marie Launay, président de Menergol, constitue « un atout considérable puisque la production d’huile permet de bloquer les coûts de carburant a moins de 0.5?/l, et de ne plus être dépendants des cours du pétrole".
En tant que membre d’une autre Cuma, consommant 50 000 l de fioul par an, acheté à 0.6 ?/l, cela représente une économie comprise entre 0,15 ? et 0.2 ?/l, soit 10 000 ? par an. Il faut cependant ajouter à ce coût le transport de l’huile vers la Cuma qui est d’environ 0.1 ?/l. En fait, l’économie est réelle lorsque le prix du baril est élevé.
Le deuxième avantage concerne le tourteau de colza qui peut se substituer au tourteau de soja , constituant une économie de 50 ? la tonne de tourteau de soja achetée. Ce tourteau sera d’une meilleure qualité car il est obtenu sans ajout d’acide contrairement au tourteau industriel, mais l’appétence est moindre car le taux de matière grasse va de 11 à 12 %. Les adhérents de la CUMA ont réfléchi à d’autres utilisations de l’huile, comme la production de Diester et l’huile alimentaire. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour pour l’instant.

Des conditions financières avantageuses
Ce projet ambitieux et innovant bénéficie de conditions financières intéressantes car son coût de 480 000 ? est financé à 60 % par des subventions diverses. Les 40 % restants sont financés par les parts sociales des adhérents (50 ? par hectare), et par un emprunt effectué par la Cuma. Pour assurer le fonctionnement de l’huilerie, un demi poste sera créé.
C’est un projet qui va permettre aux agriculteurs de garder la maîtrise de leur approvisionnement. « Il ne faut pas attendre d’être au pied du mur pour se lancer. L’aménagement du territoire se fera grâce à de petites structures à haute valeur ajoutée » conclut Jacky Aignel.
Pour autant cet exemple qui pourrait être suivi présente aussi ses limites. Il faudrait cultiver 170 000 ha de colza pour satisfaire la consommation de l’agriculture bretonne en fioul, alors que seulement 60 000 ha sont cultivables en colza. Sans oublier que le développement de ces cultures viendrait aussi en concurrence avec les autres cultures fourragères ou de vente nécessaire à l'alimentation animale.

CARRE Mélanie
COLLET Ludovic
DESJARS Mathieu
LE BOUFFOS Guillaume
Etudiants en licence pro management des entreprises agricoles
UCO, Guingamp

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Date de l'article : semaine du N° du 19 au 25 Janvier 2007
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