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Au-delà de la noble ambition du programme Cycleau (ci-dessous), un échange entre agriculteurs de deux pays s'avère toujours bénéfique. Ce type de rencontre permet de prendre de la hauteur, de relativiser ses problèmes, voire de collecter des informations utiles à son exploitation. Sans oublier le plus important peut-être : l'enrichissement humain.
"L'isolement de l'agriculteur anglais"
L'expérience vécue par un groupe d'agriculteurs de la région de Quimperlé (29) n'échappe pas à cette règle.
Outre-Manche, les quatre éleveurs finistériens – Agnès, François, Jacques et René – ont découvert une agriculture humainement et politiquement isolée. "De grandes exploitations très intensives, distantes les unes des autres, sans relations entre elles, avec beaucoup de main-d'œuvre salariée et… sans femmes", note Agnès Colomer, agricultrice à Moëlan-sur-Mer.
"Sans compter que les agriculteurs ne se connaissent pas entre-eux et donc ne s'entraident pas. Tout comme, ils n'ont pas de structure de développement agricole, à l'image de la Chambre d'agriculture", ajoute François Cutullic, éleveur à Mellac, indiquant que les Anglais, reçus à leur tour dans le Finistère, ont été surpris de découvrir "le pâturage version irlandaise étudié à la ferme expérimentale de Trévarez. Chez eux, ce type d'organisation professionnelle n'existe pas".
Comme si cet isolement professionnel ne suffisait pas, les Finistériens ont remarqué une pression environnementale forte. "Là-bas, on incite à la délation", s'étonnent encore les quatre agriculteurs.
Les citoyens anglais seraient en effet très sensibles à la beauté des paysages. Une préoccupation qui, aux yeux des quatre agriculteurs ayant fait le voyage, semble parfois virer "à une politique environnementale de l'extrême". Cette orientation convient semble-t-il à certains "agriculteurs" qui, subventions à la clé, ont endossé la tenue de jardinier de la nature.
Autant dire que ce tableau de l'agriculture n'a que modérément séduit les Finistériens. "Chez nous, nous essayons de faire cohabiter environnement et économie", fait remarquer Jacques Gouyec, estimant que les "agriculteurs bretons ont fait plus de choses que les Anglais pour lutter contre les pollutions diffuses". Et Agnès Colomer d'ajouter : "Les Anglais rencontrés admettent d'ailleurs que les agriculteurs français ont plus de contraintes". Un aveu qui conforte les agriculteurs sud-finistériens : "Nous ne sommes pas les mauvais élèves européens de l'environnement".
Reste qu'en Angleterre, la "mise aux normes" avance. "Et, à défaut de programme spécifique comme le PMPOA, les agriculteurs anglais comptent sur d'autres crédits, comme ceux du programme Cycleau par exemple, pour financer les travaux".
Didier Le Du
C'est quoi Cycleau ?
L'opération Cycleau fait partie d'un programme interrégional d'échanges – programme Interreg 3 b – entre pays membres de l'Union européenne. Trois pays – France, Angleterre et Irlande – participent à l'opération Cycleau, centrée sur la problématique de la qualité de l'eau dans les bassins versants de la source à l’estuaire.
C'est dans ce cadre que se sont rencontrés les agriculteurs du bassin versant du Belon et ceux du bassin versant anglais de l'Axe/Char (région du Devon).
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