| Une quarantaine de vaches, bigarrées de Prim'Holstein et de Montbéliard, qui vaquent paisiblement entre l'auge, l'abreuvoir et les logettes. Ainsi se dessine le troupeau de cet élevage du "Bout du monde", un de ces après-midi de décembre. Point d'escapade quotidienne dans les champs qui entourent la stabulation. "Quand la saison de pâturage est terminée, c'est fini", indique Henri Le Gall, pour qui, l'idée de sortir les vaches en hiver n'effleure pas l'esprit. "Les parcelles sont pourtant groupées autour des bâtiments. Mais, nous n'avons pas pris cette habitude". Zéro concentré de production Maïs, soja, minéraux constituent l'essentiel de la ration hivernale des laitières qui disposent aussi de foin à discrétion. "Elles n'en consomment pas beaucoup", reconnaît l'éleveur. Et d'ajouter : "Je leur apporte également une remorquée de colza. Soit environ 2 kg de MS par vache. Certes, c'est du travail supplémentaire, mais je considère que ce sont autant de kg de MS consommés en plus. Kilos qui, de toute façon, ne seraient pas ingérés sous forme de maïs". Le colza apporte également un peu d'azote dans la ration. "Oui, il faut en tenir compte", admet H. Le Gall qui se fie aussi à la consistance des bouses pour ajuster ses rations. "Le dosage est vite fait sachant que je me base sur ma dessileuse qui contient 240 kg de MS de maïs. Partant de là, je balance une quantité donnée de soja et de minéraux dessus. Ça me fait ma ration complète". Depuis quelques années, cet élevage a entrepris de réduire le concentré de production. Cette année, une marche supplémentaire a été franchie : plus un gramme de concentré n'est distribué en salle de traite. "La production a baissé, mes dépenses aussi : de 1 tonne, je suis passé à 550 kg de concentré par vache. En contrepartie, la taille du troupeau a augmenté de 3 vaches", indiquent les éleveurs qui insistent sur un point : "Ce qui compte c'est d'abord une bonne ration de base. Une bonne ration de base, c'est la base de l'alimentation. Avec le maïs, culture régulière, c'est la sécurité d'avoir un bon fourrage tous les ans". Double intérêt du croisement La décision de couper le concentré de production n'a pas été décrétée sous le coup de l'impulsion. Comme à chaque fois sur cette exploitation, un choix repose sur un ensemble d'éléments. "Ce choix s'inscrit dans une globalité. Depuis 7 ans, nous avons en effet décidé d'inséminer nos Prim'Holsteins avec du Montbéliard. Nous estimions avoir suffisamment de potentiel laitier. Avec ce croisement, les vaches sont plus rustiques, valorisent mieux les fourrages grossiers et, par conséquent, tolèrent mieux une réduction de concentrés". Autre intérêt de ce croisement soulevé par ces producteurs de lait : l'amélioration des produits. "Les vaches de première génération pèsent de 50 à 100 kg vif en plus. En carcasse, on retrouve cette différence. Nous retrouvons également cette plus-value sur les veaux de 8 jours. J'estime à 400 F de supplément pour un mâle ; et plus le marché est mauvais, plus importante est la différence". Seul bémol cité par le couple Le Gall : le vêlage. "De 80 % de vêlages faciles, je suis passé à 20 %. Il faut dire que j'utilise des taureaux très conformés. Ce n'est pas un inconvénient majeur. Il faut tout simplement réapprendre à tirer les veaux". Du maïs toute l'année Maïs l'hiver, maïs l'été. Sur cette exploitation, le silo n'est jamais fermé. "Du 15 mars, au mois d'août selon les années, les vaches reçoivent 2-3 kg de MS de maïs par jour", détaille Henri Le Gall. Et de compléter : "Cet apport remplace l'énergie d'une céréale et apporte du lest dans la ration". Enfin, une chose qui pourrait être jugée comme un luxe par certains, tient à cœur à cet éleveur qui préfère mettre tous les atouts de son côté : "Avec du maïs toute l'année, mes vaches sont en bon état. J'aime voir mes bêtes en état". "Une bête qui maigrit, un jour ou l'autre, il faut bien qu'elle consomme des UF pour reprendre des kilos. Et puis il y a des répercussions indirectes comme sur la fertilité, la résistance aux maladies", justifie-t-il encore. Des aspects pas toujours faciles à mesurer, mais qui se visualisent sur les notes vétérinaires, sur les intervalles vêlage-vêlage, etc. "Tout comme on conseille de ne pas vermifuger les vaches. Ici, nous le faisons. Mais je suis convaincu qu'on s'y retrouve par une meilleure efficacité alimentaire, une meilleure résistance des animaux. Par exemple, j'ai l'impression que mes vaches toussent moins depuis que le traitement est réalisé systématiquement". 25 centimes de coût alimentaire 23 ares : c'est la surface d'herbe consacrée à chaque laitière dans ce système fourrager où le maïs représente 45 % de la ration annuelle. "Je pourrais faire plus d'herbe compte tenu de la proximité des parcelles. Mais, dans le secteur, la pousse estivale est incertaine alors qu'en maïs le gros de la troupe sort des rendements de 12 à 15 T de MS/ha. Avec des rendements de ce niveau et réguliers, on a donc moins de stress pour gérer le planning fourrager", assure H. Le Gall qui note aussi la moindre quantité de travail avec sa formule. "Cette année, j'ai fait une vingtaine de bottes de foin. Qui dit herbe dit enrubannage ou ensilage, ce qui a un coût. Sans compter que lorsqu'on a beaucoup d'herbe, il faut du beau temps pour récolter". Tous ces éléments mis bout à bout donnent un coût alimentaire de 25 ct/litre de lait vendu (chiffres Contrôle laitier). La répartition se fait en : 9 ct/l pour les fourrages et 16 ct/l pour les concentrés (Exercice précédent : 37 ct/l, décomposé en 17 ct pour les fourrages et 21 ct pour les concentrés). "Ce faible coût des fourrages s'explique par une fertilisation à base de lisier de porcs et de bovins. Nous avons aussi peu de travaux de récolte hormis le maïs", conclut Henri le Gall qui fait remarquer : "Et encore, dans ce coût des fourrages, la prime maïs n'est pas prise en compte. Logiquement, on devrait l'intégrer puisqu'elle existe". Quelques chiffres • Alimentation des laitières : - Chargement : 2 UGB/ha - 23 ares d'herbe/VL (paddock de 5 jours avec fil avant) - Part du maïs dans la ration : 45 % - Concentrés : 550 kg/VL • Coût des fourrages produits : - Coût des fourrages/ UGB : 734 F - Coût du maïs/ha : 2 692 F - Coût de l'herbe/ha : 869 F • Coût alimentaire/litre de lait vendu : - fourrage : 9 ct/kg - concentré : 16 ct/kg |