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En montrant une carte postale d'un village d'Ille-et-Vilaine en 1950 et une photo de l'agriculture d'aujourd'hui, Jean Ollivro, professeur de géographie à l'Université Rennes II et spécialiste de l'aménagement du territoire, a voulu mettre en évidence le bouleversement opéré en 50 ans. Cette mutation de l'agriculture a entraîné un déclin démographique du nombre d'actifs agricoles : tout juste 17 000 personnes pour une population départementale supérieure à 900 000 habitants. "Mais le poids économique des multiples agricultures reste fort et elles occupent la majorité du territoire".
D'une vie locale centrée sur le bourg avec un rayon de déplacement de l'ordre de 7 km, on est passé à un essor de la périurbanisation avec des zones pavillonnaires sur des territoires périphériques sans commerces et où tout déplacement se fait obligatoirement en voiture. Les habitants doivent se déplacer à la ville pour travailler, avec les difficultés de circulation que cela pose, le temps passé et la dépense. En revanche, c'est sur place qu'ils ont envie de trouver des services. "On assiste à un tri social où les plus riches habitent au centre ville et les plus pauvres sont rejetés loin du centre pour avoir accès au foncier", analyse l'invité de la Fédération départementale de Groupama Loire Bretagne.
En élargissant les observations à la Bretagne, le géographe a constaté une émigration de la population du Centre Bretagne vers le littoral. Cette évolution se remarque aussi avec une attirance du sud de la région et également de l'est dont bénéficie l'Ille-et-Vilaine. Ce glissement des activités vers l'est – et donc vers Paris – constitue un risque à terme pour Jean Ollivro : "Il est communément admis que la concentration vers les villes est inéluctable, qu'elle protège. Ce n'est pas exact". Il en profite pour dénoncer "l'hypercentralisme de la France où tout se décide à Paris. D'ailleurs, le pouvoir central n'a pas d'interlocuteur régionaux fort en face de lui. Mais aura-t-il toujours les moyens de sa politique ?"
Renforcer les territoires
Garder les jeunes au pays est une clé de la réussite pour demain. Encore faut-il qu'ils connaissent le territoire pour que se crée un attachement. Le géographe défend donc cette logique de territoire qui fonctionne si les acteurs locaux le veulent ; il cite Vitré. Si les pays s'affirment, il faudra aussi qu'ils fonctionnent en réseau avec une logique de solidarité. On ne pourra plus fonctionner à l'avenir avec un empilement d'échelons qui d'ailleurs ne se recoupent pas nécessairement. Le département pourrait en faire les frais au profit de régions plus grandes et donc plus fortes au niveau de l'Europe. Mais Paris a peur des régions !
L'augmentation du coût de l'énergie va jouer positivement pour remettre en avant les territoires. Elle va relancer l'intérêt des projets locaux, les circuits courts, le télétravail… Mais l'inertie des systèmes en place est forte, la politique du court terme est privilégiée sur celle d'une vision à long terme. Jean Ollivro reste optimiste : "La Bretagne doit continuer d'avancer avec ses propres valeurs".
Paul Chauvin
Des caisses locales vivantes
Groupama Loire Bretagne a engagé une réforme institutionnelle pour donner un nouveau souffle aux élus locaux. Ils doivent être représentatifs des sociétaires de façon à être des "capteurs des évolutions" selon les termes du directeur général Patrice Chéreau. "Nous avons besoin d'élus compétents avec du bon sens et de l'ouverture". Il n'est donc pas question de laisser tomber les caisses locales, le département en compte 73. Mais elles doivent avoir une vraie vie, alors au-dessous de 800 sociétaires, cela devient difficile. Quelques regroupements pourront encore avoir lieu dans le département, mais assez peu, sachant que la moyenne se situe à 981 sociétaires. Néanmoins les caisses sont invitées à collaborer entre elles sur des actions spécifiques.
En Ille-et-Vilaine, 77 % des sociétaires sont des particuliers. Ils représentent 57 % du portefeuille. Cela devrait s'accentuer avec la volonté affichée de percer sur les villes où Groupama n'est pas bien implanté. Le marché agricole ne représente plus que 14 % des sociétaires, mais il pèse malgré tout 28 % du portefeuille, le reste se répartissant entre les artisans, commerçants et collectivités locales.
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