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La Directive Nitrates bretonne n'est pas applicable au Morbihan où 50% de l'excédent d'azote est d'origine avicole et où la taille moyenne des exploitations porcines est faible", a déclaré Laurent Kerlir, président de la FDSEA 56, lors d'une conférence de presse organisée le 14 novembre à Lizio, en réponse au durcissement des modalités d'application des réglementations.
"Depuis longtemps, nous dénonçons l'incohérence flagrante entre la réglementation et la réalité des exploitants, et nous proposons des solutions qui permettent d'atteindre les objectifs environnementaux tout en préservant les caractéristiques de la production porcine du Morbihan", ajoute Thierry Coué, président de la section porcine. Mais le ministère de l'Environnement ne donne pas suite et la Région ne souhaite pas de changement tant que le contentieux communautaire sur les eaux brutes n'est pas réglé.
Des exploitations fragilisées
Le cas de Pascal Boury, gérant du Gaec de Tréviquet à Lizio, montre bien la fragilisation des élevages de taille petite ou moyenne qu'entraîne l'application de la Directive Nitrates. Le Gaec compte 2 UTH (Pascal Boury et sa mère) élevant 190 truies et la suite, avec une SAU de 77 ha. "La production d'azote sur notre exploitation est de 16 117 unités (après biphase). En juin, j'ai reçu un courrier de mise en demeure me demandant de respecter la réglementation et de revenir au plafond de 15 000 unités d'azote. J'avais deux mois pour répondre", retrace l'éleveur qui s'était installé en 1997.
"Le choix du traitement (station mobile) m'aurait conduit à passer à un sous-plafond d'épandage de 60 ha (contre 68 ha épandables aujourd'hui). 6 000 unités d'azote auraient été traitées avec un coût de 15 000 euros par an". Finalement, Pascal Boury a opté pour une diminution de l'effectif présent sur l'exploitation : "600 porcs charcutiers par an vont être envoyés en façonnage en Ille-et-Vilaine sur les 4200 – 4400 produits. Ce qui entraîne des coûts de main d'œuvre, de transport, d'aliments… Soit environ 12 000 euros de moins dans le résultat d'exploitation". Et en plus, l'éleveur est obligé d'acheter de l'azote minéral. "Et cette baisse d'effectifs est définitive".
Se baser sur l'observatoire
Pour disposer de données fiables, la Chambre d'agriculture et le Conseil général ont mis en place en 2003 un observatoire de l'azote, basé sur le recensement des effectifs. L'administration se base quant à elle sur le RGA 2000, réalisé avec du déclaratif. Selon l'observatoire, sur le canton de Malestroit (qui comprend Lizio), l'azote organique brut produit a baissé de 10% depuis 2001 et les objectifs de résorption sont dépassés. "La situation de l'éleveur n'a donc pas été analysée pragmatiquement en tenant compte des évolutions", note Thierry Coué. "A l'échelle du département, la résorption est très avancée : 85% des objectifs atteints d'après l'observatoire", ajoute Laurent Kerlir.
"Nous demandons l'arrêt des mises en demeure pour tout élevage produisant moins de 17 500 unités d'azote après biphase, ainsi que la prise en compte des quantités d'azote réellement épandues et non des quantités d'azote brut produites (purement théoriques)", réclament les responsables syndicaux. Ils exigent aussi le retrait des sous-plafonds d'épandage "qui amplifient le coût de la résorption des élevages optant pour le traitement" et enfin, la prise en compte de la réalité de la résorption et de la charge azote dans l'application de la réglementation.
Patrick Jahier, du syndicat JA, dénonce le "harcèlement de l'administration. Avec de telles incohérences, les jeunes ne voudront plus s'installer". En 2006, seulement 4 installations ont concerné le porc. "La FDSEA envisagera d'autres modes d'action (y compris juridiques) si les mises en demeure injustifiées se poursuivent".
Agnès Cussonneau
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