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Alain et Isabelle Souesnel de Noyal-Châtillon sur Seiche sont à la fois producteurs de lait et de jeunes bovins Limousins. Le maintien de la viande bovine a été confirmé en 2003 avec la mise en service d'un bâtiment neuf pour 90 animaux (aire paillée intégrale). Ils n'ont pas hésité à investir 930 euros par place (762 après subvention) et à s'engager à rembourser 90 euros par animal. "Sans regret aujourd'hui". Certes la conjoncture est favorable, mais les performances techniques enregistrées renforcent l'intérêt de la production.
En 2005, l'élevage a enregistré une marge brute ramenée à l'hectare de 1000 euros (déduction faite des primes). Un chiffre à comparer avec les 533 euros dégagés par du blé. Ces résultats ont été obtenus avec des broutards achetés 900 euros et revendus à 450 kg de carcasse à 3,08 euros avec un coût alimentaire de 187 euros. La durée de présence se situe à 342 jours et le gain moyen quotidien a été de 1326 g/jour. Ce dernier chiffre est dans la moyenne d'Arco, le groupement des éleveurs. Pour chaque jeune bovin, le temps de travail a été estimé autour de 4,5 heures (alimentation, paillage, surveillance…), soit entre une et deux heures par jour.
Revenir à la technique
La porte ouverte organisée par la Chambre d'agriculture avec les partenaires de la filière a permis aux participants de se mettre en mémoire le contexte actuel de la viande bovine (voir : le jeune bovin a de l'avenir). Ils ont pu visiter un bâtiment assez courant qui donne de bons résultats, "mais avec une consommation importante de paille et beaucoup de fumier", selon l'éleveur. La conduite est rationnelle : des broutards limousins conformés choisis par l'éleveur, une phase d'adaptation, une ration précise, une rigueur sanitaire… Elle permet d'obtenir des résultats techniques satisfaisants. Pour Joël Serrand d'Arco, "il faut au moins atteindre 30 à 40 taurillons par an pour avoir une démarche rationnelle, au besoin, pour un laitier, en achetant des animaux à l'extérieur de façon à obtenir des lots homogènes".
"Les bonnes performances techniques n'ont pas été, les années passées, le souci majeur des éleveurs. Ils recherchaient l'optimisation des différentes primes", fait remarquer Christian Veillaud (Chambre d'agriculture). Ainsi en Charolais, quand le quart supérieur réalise un GMQ (naissance-vente) de 1262 g, le quart inférieur n'est qu'à 945 g. Pour un poids identique de carcasse (avec un moins bon classement quand les animaux sont plus vieux), il y a cinq mois d'écart d'âge à la vente. Les écarts sont un peu moins grands en Prim'Holstein, mais ils restent déterminants dans le résultat final. "Il faut revenir à plus de technique".
Où peut-on jouer ? Le poids est un levier, mais il ne faut pas oublier les exigences de l'acheteur final en matière de poids et de conformation. L'éleveur peut jouer sur le nombre d'animaux par hectare suivant les rendements possibles en maïs et céréales. Le temps de présence (fonction de la croissance) reste essentiel. Il faut ajouter le rapport prix du broutard – prix du kilo de carcasse. Il est favorable à l'engraissement de broutards en 2005 et 2006 alors qu'il ne l'était pas en 2004. Pour les veaux maigres, l'engraissement a été, soit neutre, soit favorable depuis 2002. La Chambre d'agriculture a établi des correspondances dans les deux situations, précisant ainsi un point d'équilibre.
Comparer
avec les céréales
À côté de l'approche technique, le raisonnement économique a changé depuis le découplage (total ou partiel de certaines aides). Il n'y a plus de raison de faire intervenir les DPU dans les calculs, ils seront perçus quelle que soit la production. Seules les parties couplées sont à prendre en compte dans le calcul d'intérêt d'une production. Les résultats 2005 avec les aides 2006 font apparaître une marge/ha inférieure de 527 euros en engraissement de broutards et de 500 euros pour l'engraisseur de veaux. Toutes choses étant égales par ailleurs.
Quel est le supplément de marge avec de la viande bovine ? Les Chambres d'agriculture bretonnes estiment la marge brute céréales entre 300 et 600 euros/ha pour un rendement de 60 à 80 quintaux. Le rendement en maïs est déterminant pour l'engraissement : de 615 à 908 euros de marge/ha lorsqu'on passe de 10 à 15 tonnes de matière sèche pour des broutards et de 695 à 1100 euros pour des veaux, chiffres calculés avec la conjoncture 2006. Avantage dans tous les cas à l'engraissement.
Cependant l'engraissement nécessite des bâtiments. Il faut compter de 1300 à 1750 euros par place suivant la solution retenue pour un bâtiment neuf. Certains éleveurs (JA, PMPOA2 en priorité) pourront bénéficier du plan bâtiment. Des aides pour les équipements de contention sont encore possibles jusqu'à la fin de l'année. Des groupements, conscients de la difficulté d'investir dans des places supplémentaires, ont mis en place des systèmes d'aides. Chez Arco, il s'agit de prêts sur 5 ans à taux réduit. À chaque éleveur motivé par la viande de procéder à une approche chiffrée de sa situation.
Paul Chauvin
Le jeune bovin a de l'avenir
Les Français se sont habitués au jeune bovin. Près de la moitié de la production nationale est consommée dans l'Hexagone. Et si on regarde hors des frontières, le chiffre monte à 90 % dans l'Union européenne à 15. Autrement dit sur un marché solvable. En plus, l'Europe ne produit plus assez de viande bovine pour satisfaire ses besoins. Un phénomène qui ne laisse pas indifférents les pays d'Amérique du sud attirés par un bon niveau de prix lié au déficit européen.
Pour autant, la production de jeunes bovins doit répondre précisément aux exigences des différents marchés situés majoritairement dans l'Europe du sud et en Allemagne. Les poids de carcasse, le classement, l'état d'engraissement, la couleur, la race, la présentation (carcasse ou découpe) sont spécifiques à chaque marché. Ils sont à prendre en compte.
Les responsables des filières viande bovine estiment qu'il faut réagir en engraissant sur place. Les chiffres parlent : en Ille-et-Vilaine, la production de jeunes bovins s'est réduite de 15 % depuis 1999 et l'érosion va se poursuivre si rien n'est entrepris. Mais avec un nombre élevé de vaches (laitières et allaitantes), les possibilités existent, notamment chez les producteurs de lait.
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